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BP-271F
RÉFÉRENDUMS :
L'EXPÉRIENCE CANADIENNE DANS
UN CONTEXTE INTERNATIONAL
Rédaction :
Mollie Dunsmuir
Division du droit et du gouvernement
Janvier 1992
TABLE
DES MATIÈRES
APERÇU
CONTEXTE
A. Lois autorisant les référendums
1.
Loi constitutionnelle
2.
Loi référendaire
3.
Loi référendaire portant sur une question précise
B. Présentation du référendum
1.
Exécutif
2.
Assemblée législative ou parti politique
3.
Population ou administration régionale
C. Formulation de la question
D. Conséquences dun référendum
1. Référendums et plébiscites
2. Référendums exécutoires
3. Référendums abrogatifs
4. Plébiscites ou référendums consultatifs
E. Mesures faisant lobjet dun
référendum
1. Modifications constitutionnelles
2. Revendications territoriales ou
souveraineté
3.
Questions morales ou politiques
4.
Projet de loi C-9, Loi sur le référendum au Canada (1978)
F. Réglementation du processus référendaire
1.
Groupement des intérêts
2. Financement et accès aux médias
G. Décompte des suffrages
RÉFÉRENDUMS :
LEXPÉRIENCE CANADIENNE DANS UN CONTEXTE INTERNATIONAL
APERÇU
Les référendums existent
depuis longtemps et sous des formes diverses. Dans les démocraties modernes
des pays occidentaux, certains cantons suisses ont recours au référendum
depuis le seizième siècle alors que divers États américains utilisent
ce m ode de consultation depuis le dix-huitième siècle. La Suisse est
le seul pays à avoir tenu de nombreux référendums à léchelle nationale;
à ce titre, elle compte plus de la moitié des référendums ayant eu lieu
dans les pays démocratiques. En fait, on ne tient souvent pas compte des
référendums suisses dans les statistiques parce quils faussent les
résultats. Lampleur des référendums est à la fois plus et moins
étendue quon ne le croit souvent. Presque tous les pays démocratiques
de lOccident, les États-Unis étant lexception la plus remarquable,
ont tenu un référendum national au moins une fois; cependant, en 1978,
seulement quatre pays en avaient tenu dix ou plus : la France en comptait
20, le Danemark 14, lAustralie 39 et la Suisse, 297 depuis 1848,
année où elle devint une fédération(1).
La terminologie et la méthodologie
utilisées pour les référendums sont variées. Par exemple, il nexiste
aucune nomenclature définitive des divers types de référendums. Dans la
deuxième partie du présent document (Contexte), nous abordons donc les
divers aspects dun référendum (les responsables de la tenue dun
référendum, les répercussions et le but des référendums, etc.) et nous
donnons des exemples de la façon dont les divers pays abordent ces questions(2).
Les référendums
ou les plébiscites peuvent porter sur une foule de questions et avoir
des répercussions tout à fait différentes. Au Canada, le référendum a
été utilisé surtout à léchelon provincial ou municipal pour régler
des questions dordre juridique comme linterdiction de la vente
de boissons alcooliques ou lheure avancée(3). Dans le présent document, nous
nabordons toutefois pas la question des référendums tenus à léchelle
des provinces, des municipalités ou des États, mais seulement celle des
référendums nationaux. La seule exception que nous faisons à cette règle
est celle du référendum tenu au Québec en 1980 qui, bien quétant
en principe un plébiscite provincial, était modelé sur des référendums
tenus à léchelle nationale ailleurs dans le monde.
Dans tout le document, il
est question des deux référendums nationaux tenus au Canada, soit celui
sur la prohibition en 1898 et celui sur la conscription en 1942. Il est
également question des référendums sur lentrée de Terre-Neuve dans
la Confédération en 1948, ainsi que des divers critères proposés pour
la tenue de référendums de 1978 à 1980, que lon trouve dans la Loi
sur la consultation populaire du Québec, adoptée pour le référendum
du 1980 sur la souveraineté-association, dans le projet de résolution
concernant la Constitution du Canada déposé en 1980, ainsi que dans le
projet de loi C-9 de 1978, Projet de loi sur le référendum au Canada.
Enfin, il convient de souligner
que lexpérience des pays à composante unique en matière de référendum
risque dêtre très peu pertinente pour une fédération comme le Canada.
Bien que beaucoup dÉtats américains, plus particulièrement la Californie,
aient tenu de nombreux référendums, jamais un référendum na eu lieu
à léchelle nationale aux États-Unis :
À léchelle
nationale, [les référendums] sont inconstitutionnels en politique
américaine. Le Congrès ne peut prendre de décision par voie référendaire;
il ne fait aucun doute que les tribunaux interdiront au Congrès
de soumettre à la population une question de politique nationale
qui serait exécutoire et ce, par voie de référendum. Deuxièmement,
une telle façon de procéder est en soi incompatible avec le système
fédéral, tout le système politique américain repose sur un équilibre
délicat entre la configuration démographique et géographique du
pays; cest donc un système intrinsèquement non représentatif
à maints égards(4).
Laspect géographique
ou le caractère fédéral du système canadien ont revêtu une très grande
importance lors des deux référendums nationaux qui ont été tenus au pays.
Lors du référendum sur la prohibition en 1898, seulement 44 p. 100 de
la population sétait déplacée pour aller voter et pour approuver
la prohibition dans une proportion de 51 contre 49 p. 100. Au Québec,
cependant, la population avait nettement rejeté la proposition, 122 614
personnes sétant prononcées contre et 25 582 pour. Les événements
ont montré par la suite que le gouvernement fédéral na, semble-t-il,
tenu aucun compte des résultats du référendum, préférant laisser aux provinces
la responsabilité de prendre la décision. Néanmoins, une telle attitude
fait ressortir linjustice qui peut se produire si les résultats
dun référendum approuvé par moins du quart des électeurs admissibles
sont imposés à une province qui rejette la question dans une proportion
de 5 contre 1, ou presque.
En 1942, le problème sest
posé en termes encore plus crus. Soixante-quatre pour cent des électeurs
canadiens ont permis au gouvernement de Mackenzie King de se libérer de
sa promesse de ne pas recourir à la conscription pour lenvoi de
soldats à létranger. Cependant, 72 p. 100 des Québécois avaient
dit « non » à la question posée. Comme nombre dentre eux estimaient
que cette promesse leur avait été faite à eux en particulier, plutôt quà
lensemble des Canadiens, les résultats du référendum sont venus
exacerber le caractère de discorde quavait semée la question de
la conscription plutôt que den atténuer les effets.
Exception faite des questions
de compétence et déquité géographique, la dynamique dun référendum
dans une fédération nest pas toujours évidente :
En Australie, la
constitution fédérale pose des problèmes de compétence et ses
référendums ont porté tout autant sur la réglementation des lignes
aériennes que sur la mise hors la loi du Parti communiste. Presque
tous les référendums ont porté sur laccroissement des pouvoirs
fédéraux et 78 p. 100 des propositions ont été rejetées, en grande
partie parce quon a su fouetter la loyauté des électeurs
des provinces(5).
Les motifs invoqués en faveur
de la tenue dun référendum sont très nombreux et dépendent en grande
partie du type de référendum proposé. Le plus souvent, on veut apporter
une modification à la constitution qui, de lavis de bien des gens,
doit être légitimée par la population. Dans dautres cas, surtout
quand il est question de compétence territoriale, de souveraineté ou de
structure gouvernementale, le gouvernement peut décider quil a besoin
de lappui de la population pour conférer à son projet la légitimité
nécessaire. Et pour ce qui est des grandes questions dordre moral
comme la prohibition, le divorce ou lavortement, le gouvernement
peut vouloir faire assumer ses responsabilités par lélectorat. Enfin,
on peut recouvrir au référendum pour régler un problème politique, entre
autres une question qui crée une division au sein dun parti politique
(le référendum du Royaume-Uni sur le maintien des liens avec la CEE en
1975), ou lorsque le gouvernement doit régler un difficile dilemme politique
(le référendum sur la conscription tenu au Canada en 1942 ou les référendums
tenus en Écosse et au Pays de Galles en 1979 sur la délégation de pouvoirs).
Dun point de vue plus
théorique, les tenants du processus référendaire soutiennent que les amendements
constitutionnels majeurs doivent absolument être approuvés par la population,
que les référendums assurent à celle-ci un meilleur contrôle des pouvoirs
publics et que lévolution du processus démocratique est telle quun
gouvernement ne peut plus miser sur la seule majorité du Parlement lorsque
des questions majeures sont en cause.
Quant aux plus ardents défenseurs
de la démocratie directe, ils vont encore plus loin et soutiennent quun
recours plus fréquent au référendum permettrait daborder toutes
les questions, et non seulement celles qui revêtent un intérêt pour le
parti au pouvoir. En outre, on prétend que la population serait davantage
informée des décisions du gouvernement, ce qui assurerait, espère-t-on,
un plus haut niveau de responsabilité et dintérêt, que les décisions
dordre public seraient prises par la population, que la majorité
aurait loccasion dexprimer adéquatement sa volonté et que
lapathie et laliénation des électeurs seraient prévenues.
Enfin, on soutient que les intérêts à long terme des générations futures
seraient mieux défendus par les électeurs que par les politiciens qui
songent aux prochaines élections, et que les citoyens auraient la chance
de maximiser leur propre potentiel en participant davantage au processus
démocratique.
Par contre, il est également
prouvé que le référendum peut freiner aussi souvent le changement quil
peut le faciliter. Certains ont laissé entendre que « le référendum comporte
un danger énorme car, utilisé comme il est censé lêtre en Grande-Bretagne,
il confère un pouvoir énorme à la majorité parlementaire de lheure,
pouvoir que cette majorité peut exploiter et utiliser à mauvais escient
»(6).
Les adversaires du référendum
formulent à son égard dautres critiques importantes; selon eux,
le référendum :
- mine la représentativité démocratique,
- peut annihiler les droits des minorités.
Chacun de ces arguments
peut savérer exact dans certains cas, et inexact dans dautres.
Dans une démocratie représentative, par exemple, les membres dune
assemblée législative sont élus par la population pour utiliser leur jugement
au nom des électeurs. Le jugement et la conscience de ces membres sont
essentiels. Dans une démocratie directe comme celle de la Suisse, cest
le jugement de la population qui passes avant toute chose. Il ne fait
aucun doute quun référendum exécutoire ou un référendum exigé par
la population entrave la démocratie représentative; ces types de référendums
sont toutefois tout à fait conformes à la démocratie directe. Cependant,
un plébiscite non exécutoire, que réclame le gouvernement pour faire approuver
une mesure ou un projet de loi spécifique, peut être un outil précieux
même au sein dune démocratie représentative.
Un auteur britannique décrit
en ces termes ce genre de plébiscite :
Certes notre constitution
se résume en sept mots : Au Parlement, la Reine est lautorité
suprême. Ceux qui croient en ce genre de constitution et qui
ne veulent pas dun document écrit doivent reconnaître quune
telle façon de voire les choses nest aucunement incompatible
avec les référendums. Si, dans sa sagesse suprême, le Parlement
décide quun référendum est un outil de travail, le référendum
est alors tout à fait constitutionnel(7).
Même quand il sagit
de plébiscites ou de référendums consultatifs, les choses ne sont pas
toujours simples. Dune part, le plébiscite peut renforcer la démocratie
représentative en conférant une légitimité supplémentaire à une mesure
gouvernementale controversée. Dautre part, ce type de consultation,
sil est trop souvent utilisé, risque encore de donner aux représentants
élus de la population un prétexte pour éviter dexercer leur conscience
et leur jugement. Comme le disait un politicien de lOuest américain
:
Je viens dun
État où les référendums et les initiatives sont fréquents; ils
ont cependant le grand défaut daffaiblir la volonté du législateur
de régler les problèmes difficiles. Il est tellement facile de
laisser la population prendre les décisions en ce qui concerne
lavortement, limmigration, les impôts, que le législateur
dit alors vouloir en laisser le soin au jugement sacré et souverain
de cette population(8).
Quant à savoir si le référendum
ou le plébiscite mine ou renforce la démocratie représentative, cela dépend
souvent du but et de la forme du mode de consultation. Parfois, le résultat
risque damener le législateur à voter contre sa conscience, comme
ce fut le cas lorsque la possibilité de soumettre la question de la peine
capitale à un référendum fut soulevée en Grande-Bretagne. Un membre influent
du Parti conservateur écrivait ce qui suit dans The Times de Londres
en 1978 :
Un tel référendum
ferait parfaitement ressortir tous les graves problèmes du pouvoir
des Parlements et de la position des députés. [
] Il ne fait
aucun doute que la population approuvera majoritairement le rétablissement
de la peine capitale. [
] Le seul but dun référendum
serait dexercer des pressions sur les députés afin quils
votent pour une proposition quils rejetteraient en dautres
circonstances. [
] Je ne crois pas que les députés voteraient
contre leur conscience, mais il serait bien mal venu de les amener
à le faire(9).
En fait, les observateurs
ne peuvent même pas sentendre sur la question de savoir si le référendum
est en soi un mécanisme de conservation ou une force de changement. Il
peut constituer une tactique dilatoire ou un moyen dinformation,
lorsquon se rend compte quune minorité bien présente ou extrémiste
a exercé une influence sur la loi, comme ce fut le cas lors du référendum
sur la délégation des pouvoirs à lÉcosse. À lexception des
pays dont la constitution exige le recours au référendum, cest habituellement
au gouvernement quappartient le droit de convoquer un référendum,
ce qui en fait un outil très puissant pour la majorité parlementaire.
Dans lensemble, les
mesures parrainées par le gouvernement sont rarement défaites, sauf en
Australie et en Suisse. En outre, certaines de ces défaits sont attribuables
à de mauvais calculs politiques ou ont été par la suite oubliées(10).
LAustralie est le seul pays où les référendums proposés par le gouvernement
ont été plus souvent défaits quautrement(11).
Par contre,
lors du premier référendum tenu au XXe siècle, la population
de la Norvège a décidé à 99,9 p. 100 de se séparer de la Suède, pays dont
elle faisait partie depuis deux ou trois siècles. Ce qui amène les observateurs
à dire que « la notion voulant que les référendums constituent des obstacles
au changement est tout simplement en contradiction flagrante avec la réalité
»(12).
Quant à savoir si un plébiscite
est source de division o u non, cela dépend également de la question en
jeu et des circonstances. Dune part, le fait de ramener des sujets
complexes à une simple question nécessitant un oui ou un non amoindrit
les possibilités den arriver à un consensus. En outre, contrairement
à ce qui est le cas pour une loi, il est habituellement impossible de
ne pas tenir compte des résultats dun référendum, même si lon
est assuré quil aura pour effet de diviser les parties et de créer
de linsatisfaction.
Les référendums tenus en
Irlande en 1983 (visant à inclure dans la constitution linterdiction
de pratiquer lavortement) et en 1986 (afin de permettre le divorce
cinq après la rupture du mariage) sont deux exemples pertinents à cet
égard. Le référendum de 1983 est attribuable à une erreur de jugement
politique de la part du premier ministre Garret Fitzgerald, à laquelle
sont venues se greffer dénormes pressions exercées par le mouvement
pro-vie. Les opposants au référendum estimaient quil nétait
pas justifié puisque lavortement était déjà interdit en Irlande,
sauf lorsque la vie de la mère est en danger, quil était sectaire
parce que les minorités juives et protestantes sy opposaient et
potentiellement dangereux, sur le plan médical, en ce sens que la modification
proposée risquait de mettre la vie de la mère en péril.
La modification fut adoptée
par une majorité de deux contre un alors que seulement la moitié de la
population avait exercé son droit de vote. En général, on a estimé que
le taux élevé dabstention était attribuable à la discorde que vint
semer le référendum. Le vice-premier ministre décrivit la situation en
ces termes :
Jamais dans notre
histoire avons-nous connu campagne référendaire aussi amère et
déchirante que celle-ci. [
] Les voisins se sont dressés
les uns contre les autres. Des membres bien en vu des professions
libérales se sont amèrement déchirés en public. Les groupes confessionnels
ne pouvaient pas être plus divisés. Des membres dun même
parti politique se sont attaqués personnellement(13).
Le premier ministre a lui-même
fait ne déclaration la veille du référendum pour sexcuser davoir
contribué à la rancoeur et à la division causées par la campagne et a
reconnu sa part de responsabilité dans la tenue du référendum.
En 1986, le premier ministre
Fitzgerald décida de ternir un autre référendum constitutionnel afin de
permettre les divorces civils, confiant que le vote libéral des citadins,
allié à celui des jeunes, lemporterait. Il a perdu le pari dans
une proportion de 60-40, « les citadins dressés contre les ruraux, les
jeunes contre les vieux et lÉtat contre lÉglise »(14).
Dans les deux cas, les campagnes référendaires remplies de rancoeur et
démotivité ont eu des répercussions outre-frontières et ont influé
sur les relations du pays avec lIrlande du Nord et la Grande-Bretagne.
Par contre, il semble que
les déchirements soient tout autant attribuables aux circonstances immédiates
et aux aspects politiques quau processus référendaire même. En Italie,
500 000 électeurs ou cinq conseils régionaux peuvent réclamer la tenue
dun référendum; cest ainsi quen mai 1974, une loi sur
la libéralisation du divorce fut adoptée sans conséquences désastreuses.
En 1978, lItalie a
adopté une loi permettant lavortement au cours des trois premiers
mois de la grossesse. Par la suite, la population a réclamé deux référendums.
Le premier (dit le référendum des catholiques) visait à restreindre les
motifs permettant dobtenir un avortement; le second (dit le référendum
des radicaux) aurait permis lavortement à nimporte quel moment
durant la grossesse. Les électeurs ont rejeté les deux propositions, celle
des radicaux par une majorité de 80 p. 100, celle des catholiques par
un majorité de 70 p. 100, situation dautant plus remarquable que
la tentative dassassinat du Pape sétait produite vers la fin
de la campagne et que les esprits étaient très échauffés.
En Irlande, les référendums
sur lavortement et le divorce ont été source de déchirements et
se sont traduits par des lois qui étaient plus rigides que celles quavait
souhaitées le gouvernement. En Italie, les référendums sur les mêmes questions
ont donné davantage de légitimité à des lois qui avaient considérablement
libéralisé les moeurs. On comprend difficilement pourquoi les deux pays
ont vécu des expériences tellement différentes, mais la comparaison permet
de voir quil est dangereux de trop généraliser au sujet de la nature
et des répercussions des référendums.
Le désavantage le plus flagrant
des référendums est peut-être le recours possible à la tyrannie par la
majorité. Grâce au référendum, la Suisse a refusé le droit de vote aux
femmes pendant beaucoup plus longtemps que les autres pays de lEurope
de lOuest et a donné toute son importance à la question de lexpulsion
forcée des immigrants. Le législateur, habitué quil est de voir
immédiatement le résultat des mesures qui sont mises au voix, a souvent
tendance à être plus tolérant que le public qui lui, a moins de difficulté
à abroger les droits dune minorité à laquelle il ne sidentifie
pas. Un observateur britannique fait remarquer ce qui suit :
Personne ne doute
que si lon tenait un référendum sur la peine capitale, on
recueillerait une majorité de 85 p. 100 en faveur de la question;
on obtiendrait probablement la même majorité en faveur de lexpulsion
des immigrants, de labolition de latelier fermé et
de toutes sortes de choses aussi lourdes de conséquences pour
les syndicats(15).
On pourrait soutenir que
la Loi de 1942 sur le plébiscite fédéral est un bon exemple de
ces dangers. M. Mackenzie King avait promis durant la campagne électorale
de 1940 quil ny aurait pas de conscription pour le service
outre-mer. Aux prises par la suite avec une grave pénurie de soldats,
le gouvernement a tenu un référendum pour demander à la population de
le délivrer de sa promesse électorale.
Les opposants [à
la conscription] ont soutenu que durant la campagne électorale
de 1940, les promesses contre la conscription avaient été faites
du Québec, et non à tout le Canada; il sagissait là dun
argument assez solide. Après les élections, le gouvernement a
demandé à tous les Canadiens de le libérer de la promesse quil
avait faite au Québec(16).
Même en ce qui concerne
les intérêts des groupes minoritaires, la question comporte un autre volet.
Parfois, une minorité consiste en un groupe de pression politique actif
que tente de faire adopter des lois qui nont pas lappui de
la majorité passive. On a laissé entendre, par exemple, que le référendum
écossais sur la délégation des pouvoirs avait désamorcé une crise politique,
les responsables sappropriant linitiative dun élément
radical pour la soumettre à la population. Selon un observateur britannique
:
Le référendum est
un outil constitutionnel précieux; notre pays, qui na pas
de constitution écrite, en a besoin. Cest une arme à retardement
qui redonne à la majorité le droit de faire entendre sa voix lorsque
des groupes minoritaires actifs et bien organisés, peuvent souvent
faire pencher léquilibre des forces de façon irrémédiable(17).
Tout compte fait, les motifs
et les résultats dun référendum semblent être davantage liés à la
question, aux événements, aux personnalités et aux aspects politiques
qui lentourent quà une « théorie » globale sur le sujet. Les
référendums qua tenus le général De Gaulle durant la Ve
République en sont un bon exemple :
Les référendums
qui ont lieu sous la Ve République peuvent se résumer
par une allitération peu élégante et artificielle : il sagissait
dun instrument de consultation, de consensus, de consentement,
de consécration, de confirmation, de crise, de confrontation et
de confusion. Ils avaient soi-disant pour but de consulter la
population sur les grandes décisions, de trouver un consensus
national sur ces décisions et dobtenir le consentement de
la population pour les appliquer, pour consacrer officiellement
le nouveau régime, pour confirmer le mandat donné au président
par le peuple, pour redresser les « travers » du système politique
attribuables aux intérêts démesurés dun groupe particulier,
pour résoudre les crises de lAlgérie et de lÉtat,
pour provoquer une confrontation avec le Parlement, les partis
politiques et les notables traditionnels et pour semer la confusion
au sein de lopposition. Les référendums se voulaient à la
fois constructifs et destructeurs, créatifs et nihilistes, unificateurs
et iconoclastes; ils étaient utilisés peu fréquemment mais avaient
des répercussions marquantes. Mais avant tout, le référendum devait
être une arme puissante dont le président pouvait se servir chaque
fois quà son avis, les circonstances lexigeaient(18).
Même lorsque lon tient
des référendums sur des questions, à des moments et dans des pays semblables,
les résultats peuvent être différents et imprévisibles. Par exemple, on
compare souvent, dans les ouvrages pertinents, les référendums tenus en
Norvège et au Danemark sur ladhésion de ces pays au Marché commun
en 1972. En général, la constitution norvégienne ne prévoit pas de recours
au référendum, mais il fut convenu quon en tiendrait un sur la question
du Marché commun. Au bout du compte, 78 p. 100 de la population a participé
au référendum; 53 p. 100 ont dit non à ladhésion au Marché commun,
tandis que 47 p. 100 ont dit oui.
Le référendum tenu en Norvège
devait avoir un caractère consultatif et être approuvé par une majorité
des trois quarts des membres du Parlement pour être valable. Avant la
tenue du référendum, environ les deux tiers des membres du Parlement étaient
en faveur de ladhésion au Marché commun, mais les observateurs étaient
davis que si la population avait donné son aval au référendum, la
majorité nécessaire au Parlement aurait été obtenue. En outre, si le référendum
navait pas eu lieu, beaucoup sattendaient à ce que, en bout
de ligne, le gouvernement obtienne la majorité nécessaire des trois quarts
des membres de Parlement.
Le système politique
en a subi un dur coup, car les groupes de pression extra-parlementaires
y ont gagné une nouvelle importance. Par ailleurs, lautorité
et la liberté des chefs de partis politiques en on été réduites
et, depuis le référendum, ces même partis sont devenus hésitants
à prendre des décisions par crainte des réactions du public. De
plus, laliénation entre les partis politiques et le public
sest beaucoup accentuée(19).
Les 24 et 25 septembre 1972,
les Norvégiens, consultés par voie référendaire, ont refusé dadhérer
à la CEE; le 2 octobre de la même année, les Danois ont accepté de devenir
membres de cette organisation. Les référendums sont plus fréquents au
Danemark parce que la constitution contient une disposition à cet effet.
Tout projet de loi soumis au processus référendaire est réputé être rejeté
si une majorité délecteurs, cest-à-dire au moins 30 p. 100
des électeurs admissibles, sont contre la mesure proposée. Au Danemark,
90 p. 100 de la population a participé au scrutin référendaire et ladhésion
à la CEE a été approuvée par une majorité de 63 p. 100.
Il est difficile dexpliquer
cette différence entre deux pays si rapprochés lun de lautre.
Le motif le plus souvent invoqué est lattitude divergente des agriculteurs
et des pêcheurs de chacun des pays. En Norvège, où les deux groupes représentent
environ 12 p. 100 de la population active, les coopératives
de producteurs étaient extrêmement puissantes et les prix à la production
dans ce pays étaient de 20 à 30 p. 100 supérieurs à ceux des pays membres
de la CEE. Par contre, les agriculteurs danois (10 p. 100 de la population
active), avaient confiance en leur pouvoir concurrentiel et prévoyaient
tirer certains avantages de la CEE. De même, les pêcheurs danois, qui
sont plutôt des pêcheurs hauturiers que des pêcheurs côtiers, avaient,
plus que leurs homologues norvégiens, confiance que laccès à la
Communauté européenne leur garantirait des marchés.
Peu importe les raisons
qui expliquent les différences dans le vote des électeurs et les hypothèses
que lon ébauche sur les conséquences dun vote différent, les
résultats post-référendaires ont été les mêmes. « Lors de lélection
de 1972, qui a suivi de près le référendum, le système des partis établis
éclata dans les deux pays »(20). En fait, on a signalé que « même si lestablishment
danois a gagné le référendum de 1972, lannée suivante, la rébellion
des électeurs a été encore plus forte et plus marquée que celle quon
a connue en Norvège »(21).
En général, on recourt au
référendum pour consulter la population ou pour légitimer une façon dagir
qui dépasse les affaires courantes dun gouvernement, particulièrement
dans les domaines constitutionnel ou territorial. En outre, le référendum
est utilisé pour régler un problème moral ou politique qui, pou une raison
ou une autre, ne se prête pas à la politique de parti habituelle. Son
efficacité semble plus grande quand il est employé avec modération et
réservé à de grandes questions :
[Le référendum du
Royaume-Uni sur ladhésion au Marché commun] fut lune
des rares questions à diviser la population de façon tellement
marquée quil fait se demander sil a plus de légitimité
quun simple vote à la Chambre des communes. Pour régler
le problème, pour adhérer au Marché commun, il faut trouver un
moyen de légitimer les choses. Par conséquent, je propose, de
façon pragmatique, le recours au référendum à loccasion
sur dimportantes questions constitutionnelles où lon
peut garantir un niveau dintérêt raisonnablement élevé parmi
la population et où, de par la nature du système de parti, du
système électoral ou dun jumelage des deux, le choix entre
les partis ne peut permettre de régler facilement la question(22).
CONTEXTE
A. Lois autorisant les référendums
1. Loi constitutionnelle
Cest parfois dans
la constitution dun pays que lon trouve le pouvoir ou lobligation
de tenir un référendum. En Australie, toute modification constitutionnelle
doit être approuvée par une majorité absolue des membres des deux chambres
du Parlement et ensuite par référendum. Dans le référendum, la modification
doit être approuvée par une majorité des électeurs à léchelle du
pays et par une majorité des électeurs dans une majorité dÉtats
(soit quatre sur six).
En France, les modifications
constitutionnelles doivent dabord être approuvées par le Parlement,
et ensuite soit par voie référendaire, soit par les trois cinquièmes des
membres des deux chambres réunies. En outre, le président, à la demande
du gouvernement, peut tenir un référendum sur tout projet de loi concernant
lorganisation du gouvernement ou un traité modifiant les institutions
gouvernementales.
La constitution irlandaise
prévoit que tout projet de loi modifiant la constitution doit, après avoit
été adopté par les deux chambres du Parlement, être approuvé par une majorité
délecteurs au cours dun référendum.
En Italie, la constitution
renferme plusieurs dispositions concernant les référendums, mais la seule
qui a été souvent utilisée est larticle 75 qui prévoit quun
référendum visant à abroger une loi, sauf une loi portant sur des mesures
financières, des traités ou des mesures damnistie, doit être convoqué
à la demande de 500 000 électeurs ou de cinq conseils régionaux. La majorité
simple suffit pour faire abroger la loi.
La constitution danoise
permet à un tiers des membres du Folketing de présenter une demande de
référendum portant sur un projet de loi dans un délai de trois jours civils
suivant son adoption. Elle renferme également des dispositions portant
sur les référendums concernant les modifications à la constitution ou
à lâge donnant droit de vote. De plus, toute loi qui accorde des
pouvoirs à une organisation internationale doit être approuvée soit par
une majorité des cinq sixièmes du Folketing, soit par une majorité simple
de ces membres et une majorité délecteurs au cours dun référendum.
La loi danoise permet également au Folketing dadopter une loi prévoyant
la tenue dun référendum non exécutoire sur toute question en bue
de consulter la population.
La constitution espagnole
permet un référendum sur des modifications constitutionnelles, si un dixième
des membres de lune ou de lautre des chambres des Cortes Generales
(Parlement) le réclame. En outre, le gouvernement peut tenir un référendum
consultatif sur toute décision politique dimportance. LEspagne
a tenu un référendum en 1976 lorsque la province de lAndalousie
se disait insatisfaite du rythme de ses pourparlers avec le gouvernement
central et, en 1986, pour savoir si le pays devait demeurer au sein de
lOTAN.
Quant à la constitution
suisse, qui repose sur la notion de démocratie directe, elle autorise
un recours très fréquent au processus référendaire. Toutes les modifications
à la constitution fédérale doivent être approuvées par référendum. Des
modifications constitutionnelles peuvent être présentées à la demande
de 50 000 citoyens, mais il a toujours été difficile damener les
électeurs à approuver une initiative populaire. Les modifications constitutionnelles,
peu importe qui les réclame, doivent être approuvées par une majorité
délecteurs et par une majorité de cantons (soit huit dentre
eux). On peut également tenir un référendum sur une loi courante lorsque
30 000 citoyens ou huit gouvernements cantonaux exigent quune loi
soit assujettie au processus référendaire dans les 90 jours suivant sa
publication. En pareil cas, il faut la majorité simple des électeurs pour
que la loi soit abrogée.
Le projet de résolution
relatif à la constitution canadienne, présenté par le gouvernement Trudeau
en 1980, après léchec des pourparlers entre le gouvernement fédéral
et les provinces au mois de septembre de la même année, comprenait une
disposition autorisant les modifications constitutionnelles par voie de
référendum. La formule de modification prévoyait le recours au référendum
comme solution de rechange aux résolutions adoptées par les assemblées
législatives des provinces et aurait nécessité la majorité absolue des
électeurs ainsi que la majorité dans chacune des provinces(23).
2. Loi référendaire
Il est également
possible de tenir un référendum en vertu dune loi générale à cet
effet. La Loi sur la consultation populaire, adoptée par le Québec
en 1978, prévoyait la tenue dun référendum sur toute question approuvée
par lAssemblée nationale ou sur tout projet de loi adopté par celle-ci.
Quant au projet de loi C-9, Loi sur le référendum au Canada, déposé en
1978, il prévoyait la tenue dun référendum sur toute question touchant
la Constitution du Canada, entre autres les douanes, les conventions et
les textes de loi, ainsi que les institutions ou les processus nationaux,
politiques et judiciaires. Cependant, pour éviter que le référendum devienne
un processus constitutionnel permanent, le projet de loi renfermait une
clause de « révision » de cinq ans.
3. Loi référendaire portant sur
une question précise
Il est également possible
de tenir un référendum en vertu dune loi autorisant un seul référendum
sur une question précise. Dans les pays dont la constitution ne renferme
aucun pouvoir ni aucune exigence concernant le référendum, il semble que
ce soit la méthode utilisée le plus souvent. Par exemple, cest ainsi
quon a procédé en Grande-Bretagne lors du référendum sur ladhésion
au Marché commun, tenu en 1975. Par la suite, lorsque le gouvernement
travailliste de ce pays a conçu un plan visant à déléguer des pouvoirs
aux assemblées dÉcosse et du Pays de Galles, il na pas réussi
à faire adopter le projet de loi au Parlement à sa première tentative.
Lorsquil en a présenté une version modifiée, le gouvernement a tenté
dapaiser les opposants en prévoyant que le projet de loi ne serait
pas appliqué avant dêtre approuvé par référendum en Écosse et au
Pays de Galles.
Avant les années 70, le
Canada avait adopté des lois précises visant à autoriser chacun de ses
référendums, entre autres la Acte du plébiscite de prohibition de
1898 et la Loi de 1942 sur le plébiscite fédéral. Lorsquun
référendum est autorisé aux termes dune loi référendaire portant
sur une question précise, le problème qui se pose toujours, cest
de savoir si le libellé de la question est inclus dans la loi ou si on
laisse au pouvoir exécutif le soin de le déterminer. Dans les deux lois
susmentionnées, le libellé exact de la question ainsi que la forme du
bulletin de vote étaient précisés. Par exemple, larticle 8 de la
Prohibition Plebiscite Act était ainsi libellé :
8. Les bulletins
de vote qui serviront en vertu du présent acte seront dans la
forme qui suit :
Êtes-vous en faveur
de ladoption dun acte prohibant limportation,
la fabrication ou la vente des spiritueux, vins, aîle, bière,
cidre et de toutes autres liqueurs alcooliques servant de boisson?
La Newfoundland Referendum
Act prévoyait à la fois la forme et lordonnancement des questions,
ce qui risquait en soi dêtre problématique. Comme trois choix étaient
offerts (Commission, Confédération et gouvernement responsable tel quil
existait en 1933), la loi prévoyait un deuxième référendum au cas où une
majorité absolue délecteurs ne retiendrait aucun des choix au premier
tour de scrutin. La loi prévoyait également que loption qui recueillerait
le moins de voix au premier tour ne serait pas retenue au cours du deuxième
référendum.
René Lévesque a fait allusion
plus tard aux référendums tenus par Terre-Neuve; il estimait quils
constituaient un précédent pour les référendums multiples sur une même
question :
Il a fallu préparer
cette loi [la loi référendaire] en étudiant ce qui sétait
fait dans dautres pays, notamment au Canada avec les deux
consultations populaires qui ont abouti à lentrée de Terre-Neuve
dans la Fédération, ou encore en Angleterre au moment de son acception
du Marché commun, ou enfin dans les cantons suisses et en France.
[
]
Jexclus formellement
un second référendum pendant le même mandat. Dailleurs notre
loi-cadre nous linterdit. Pour le reste, on ne peut jamais
savoir. [
] Un précédent existe ici même au Canada. La province
de Terre-Neuve a été la seule à être consultée démocratiquement
pour son entrée dans la Fédération. [
] Les habitants de
Terre-Neuve furent donc consultés deux fois. [
] Le président
existe(24).
Cependant, les dispositions
précises que contenait la Newfoundland Referendum Act et qui permettaient
de ramener de trois à deux les choix possibles constituent un fondement
douteux de lautorisation de plébiscites multiples portant sur une
question à laquelle il faut répondre par un oui ou un non.
B. Présentation
du référendum
1. Exécutif
Dans la plupart des cas,
cest lExécutif qui présente le projet de référendum, avec
ou sans lapprobation officielle de lassemblée législative.
Souvent, le projet de référendum est approuvé par lassemblée législative,
mais limpact dune telle approbation varie beaucoup selon la
nature du gouvernement en cause.
Larticle 11 de la
Constitution française de la Ve République, par exemple, permet
au président de convoquer un référendum sur tout projet de loi concernant
lorganisation des pouvoirs publics « sur recommandation du gouvernement
au cours de la session parlementaire. » Si le résultat du référendum est
favorable, le président peut promulguer la loi. Toutefois, les modifications
constitutionnelles doivent être adoptés par les deux chambres avant dêtre
soumises au référendum (article 89). Le général de Gaulle, qui se méfiait
des partis et des représentants parlementaires, interprétait les dispositions
sur les référendums de façon controversée et les utilisait pour passer
outre au Parlement.
Le recours à tous
les référendums tenus sous la Ve République est sans
lombre dun doute attribuable au président de la République.
Cest le général de Gaulle qui, le 16 novembre 1960, annonçait
la tenue du référendum sur lautodétermination de lAlgérie
en janvier 1961, alors que le « projet du gouvernement » fut présenté
le 8 décembre. Le référendum doctobre 1962 sur le suffrage
direct à la présidence fut annoncé par le général dès le 29 août
trois semaines avant une tentative dassassinat ratée
contre lui lorsquil avoua son intention de modifier
la constitution « afin dassurer la continuité de lÉtat.
» Il fit connaître officiellement ses intentions au Conseil des
ministres le 12 septembre et le « projet du gouvernement » fut
présenté le 2 octobre(25).
Mis à part lautoritarisme
avec lequel le général de Gaulle proposa les référendums avant que le
gouvernement ne présente les projets à cet effet, au moins deux référendums
portaient sur des modifications constitutionnelles (1962 et 1969); on
peut ajouter sans lombre dun doute quils nauraient
pas dû être proposés en vertu de larticle 11.
La Loi sur la consultation
populaire du Québec prévoit que la question référendaire doit être
soit proposée par le premier ministre, soit énoncée dans la loi. Dans
le premier cas, un débat de privilège de 35 heures en vue de modifier
le libellé de la question avant son approbation finale par lAssemblée
nationale est prévu. Dans le second cas, la question est adoptée comme
nimporte quel autre article du projet de loi.
Aux termes du projet de
loi C-9, Loi sur le référendum au Canada, la question devait être proposée
par le gouverneur en conseil et approuvée par la Chambre des communes
et le Sénat après un maximum de 40 heures de débat. Seul un membre du
gouvernement aurait été habilité à déposer une motion autorisant la tenue
dun référendum. Le référendum aurait pu être tenu dans plusieurs
provinces et aurait pu contenir plus dune question dans la mesure
où la réponse exigée aurait été un oui ou un non.
Conformément aux propositions
de réforme constitutionnelle présentées par le gouvernement fédéral en
1980, on aurait pu tenir un référendum visant à modifier la Constitution
lorsque lExécutif laurait demandé et que le référendum aurait
été autorisé par des résolutions du Sénat et de la Chambre des communes.
2. Assemblée législative
ou parti politique
En Australie, aucune
disposition précise ne prévoit que les modifications à la constitution
doivent être présentées par le gouvernement; en outre, des motions exigeant
des modifications constitutionnelles, voire des projets de loi en ce sens,
ont été présentées par lopposition ou de simples députés, bien que
sans succès. Au Danemark, un tiers des membres du Folkering peut présenter
une demande de référendum sur tout projet de loi dans les trois jours
ouvrables suivant son adoption. En Espagne, un dixième des membres de
lune ou lautre des chambres peut exiger la tenue dun
référendum sur des modifications constitutionnelles.
3. Population ou
administration régionale
Dans certains pays, un nombre
donné de personnes ou des administrations régionales peuvent exiger la
tenue dun référendum; cest ce que lon appelle souvent
« linitiative populaire », surtout lorsque le référendum est exécutoire.
En Italie, par exemple,
la tenue dun référendum sur des modifications constitutionnelles
peut être exigée par un cinquième des membres de lune ou lautre
chambre, par 500 000 électeurs ou par cinq conseils régionaux. Ces deux
derniers groupes peuvent exiger un référendum visant à abroger une loi
courante, sauf une mesure financière ou un traité. Cette dernière approche,
en vertu de laquelle il est possible dabroger mais non de présenter
un projet de loi est en général jugée avantageuse.
La constitution suisse permet
linitiative populaire lorsque 50 000 citoyens proposent la tenue
dun référendum. Comme cest le cas pour les autres modifications
constitutionnelles, une telle proposition doit être acceptée à la fois
par une majorité des électeurs et une majorité des cantons.
Le projet de constitution
canadienne de 1980 ne contenait aucune disposition prévoyant les initiatives
populaires, mais il semble que le gouvernement Trudeau y ait songé :
La population canadienne
devrait avoir le droit dexiger une modification constitutionnelle
par voie référendaire, a déclaré le premier ministre Trudeau [lors
de la conférence fédérale-provinciale de septembre 1980]. [
]
Ce dernier a précisé
aux premiers ministres des provinces que la formule de modification
devrait inclure « un certain mécanisme de recours à la population
» au moyen dun référendum afin de permettre aux électeurs
davoir préséance sur le gouvernement fédéral ou sur tout
gouvernement provincial qui sopposerait à une modification
à la constitution.
Bien que M. Trudeau
nait pas précisé sa pensée, sa proposition est conforme
à la stratégie précisée dans un document du Cabinet qui a été
dévoilée à des délégations provinciales plus tôt cette semaine
[la « note de service Kirby »].
On précise dans
le document que M. Trudeau devrait songer à permettre aux citoyens
« dexiger la tenue de référendums » dans les cas où le Parlement
ou des assemblées législatives voteraient contre une proposition
de modification ou sabstiendraient de prendre quelque mesure
que ce soit en ce sens.
« Ainsi, il serait
prouvé que la souveraineté appartient à la population, »
comme le précisait le document de stratégie du Cabinet.
Le même document
précise également que trois pour cent des électeurs au niveau
national ou provincial pourraient exiger la tenue dun référendum
afin de procéder à un changement constitutionnel. Si un nombre
suffisant de provinces tenait un tel référendum, la modification
serait adoptée(26).
En 1977, le gouvernement
du Québec sest dit en principe favorable à linitiative populaire;
il estimait que la mise en oeuvre dune telle initiative au Canada
nécessiterait une étude beaucoup plus poussée :
Le gouvernement
envisage favorablement que la consultation populaire sétende
progressivement pour englober linitiative populaire. Par
contre, il est clair quinstaurer ce mécanisme immédiatement
équivaudrait à ne pas tenir compte de plusieurs facteurs importants(27).
C. Formulation
de la question
Les référendums qua
tenus la province de Terre-Neuve sur son entrée dans la Confédération
en 1948 illustrent à quel point il peut être difficile de trouver la bonne
question. Les Canadiens soutenaient que le libellé de la question avantageait
le gouvernement de lépoque. Quant aux opposants à la Confédération,
ils prétendaient quil était inconstitutionnel de même inclure la
possibilité, il devait en être de même de lunion avec les États-Unis.
Dans une lettre adressée aux autorités britanniques, « [
] le Haut
Commissaire se dit davis que la formulation de la question avait
été ainsi arrêtée sur linsistance du gouverneur de Terre-Neuve [et]
émettait lopinion que ces entretiens [avec le premier ministre britannique]
navaient servi aux personnes concernées quà étager la thèse
du gouverneur, même sil devait en coûter de placer loption
Confédération dans une position très désavantageuse »(28).
Le Danemark offre deux exemples
intéressants de la façon de régler le problème de la formulation de la
question. Lors du référendum sur ladhésion à la CEE tenu en 1972,
on demandait simplement aux électeurs de dire JA (oui) ou NEJ (non); aucune
question ne figurait sur le bulletin de vote, qui ne contenait que les
mots JA et NEJ. Un formulaire joint au bulletin de vote renfermait les
directives suivantes :
Le vote porte sur
le projet de loi relatif à ladhésion du Danemark à la Communauté
européenne, adopté par le Folketing; celui qui est en faveur du
projet de loi, lindique par un X à côté du oui, celui qui
est contre le projet de loi, lindique par un X à côté du
non(29).
Il faut dire
toutefois que le Danemark était déjà habitué à une certaine approche imaginative
en matière de questions référendaires. Avant 1953, il fallait, selon la
constitution, lapprobation de 45 p. 100 de lélectorat (et
non du nombre réel délecteurs) pour quune modification constitutionnelle
soit adoptée. Il était ainsi très difficile dapporter des modifications
à la constitution, compte tenu du fait que moins de 50 p. 100 de lélectorat
ne sest prévalu de son droit de vote au cours des premiers référendums.
Par exemple, déminents
politiciens représentant les grands partis, qui, au total, avaient
recueilli plus de 1,2 million de voix lors des élections tenues
un mois auparavant, ont proposé avec vigueur une série de modifications
à la constitution en mai 1939. Seulement 966 000 personnes
se sont présentées aux bureaux de scrutin pour appuyer les modifications,
cependant, et une majorité de 91,9 p. 100 délecteurs en
faveur des modifications sest avérée insuffisante puisquelle
ne constituait que 44,9 p. 100 de lélectorat danois(30).
De toute évidence, il fallait
faire quelque chose. Le gouvernement a proposé une nouvelle série de modifications
constitutionnelles qui venaient assouplir les exigences à cet égard. Puisque,
semble-t-il, ce que lon voulait était moins de faire approuver une
modification que dobtenir un nombre suffisant délecteurs,
le gouvernement a recouru à la « stratégie de la princesse. »
Lorsque dimportantes
modifications constitutionnelles ont été de nouveau soumises à
lélectorat danois en 1953, les politiciens ont pris soin
dinclure une mesure qui, estimait-on, recueillerait lassentiment
de la population cest-à-dire une modification aux
règles de la dynastie permettant à la jeune princesse Margaret
daccéder au trône. Il semble que le truc ait fonctionné.
Une majorité de 78,4 p. 100 délecteurs sur les 58,3 p. 100
qui sétaient présentés aux urnes se sont prononcés en faveur
de la mesure; il y a donc eu tout juste suffisamment de voix en
faveur de la nouvelle constitution qui venait assouplir les conditions
régissant les modifications tout en permettant ladoption
de nouvelles dispositions référendaires(31).
Lier deux questions distinctes
dans un référendum est chose courante, mais une telle mesure peut également
se retourner contre ses auteurs. Les référendums français de 1961 (autodétermination
de lAlgérie) et de 1962 (indépendance) visaient essentiellement
tous les deux à régler deux questions : « Êtes-vous en faveur de la politique
proposée? » et « Voulez-vous que le général De Gaulle la mette en oeuvre?
» Selon un autre observateur :
[
] Le référendum
davril 1969 offre le pire exemple dune question malhonnête
et obscure. La question était décevante et simple : «Êtes-vous
en faveur du projet de loi sur la création des régions et sur
la réforme du Sénat?»(32)
Le projet de loi en question
renfermait 8 000 mots, couvrait 14 pleines pages de texte, comprenait
69 articles et prévoyait la modification et le remplacement de 19 articles
de la constitution. La question ne portait même pas sur la révision des
dispositions touchant la présidence par intérim. Même les supporteurs
du gouvernement ont déclaré, dans des sondages dopinion, quils
souhaitaient donner deux réponses distinctes aux deux questions. En avril
1969, 53 p. 100 des électeurs ont rejeté les propositions et le général
De Gaulle, en ayant fait une question de confiance, démissionna immédiatement.
Il est difficile de trouver
léquilibre entre une question qui est trop simple et une autre qui
est incompréhensible. Les observateurs ont laissé entendre que le pourcentage
élevé de propositions référendaires qui on été rejetées par les électeurs
australiens pouvait être attribuable à la simple frustration quengendrait
le libellé de la question :
La forme même du
bulletin de vote référendaire risque dindisposer certains
électeurs. La question est la suivante : « Approuvez-vous le projet
de loi prévoyant la modification de la Constitution, intitulé
», suivi du titre abrégé du projet de loi. En 1974, par exemple,
la première question portait sur un « Projet de loi visant à faciliter
des modifications à la constitution et à permettre aux électeurs
des Territoires, de même que des États, de voter au cours de référendums
sur des projets de loi visant à modifier la constitution. » Non
seulement les termes employés étaient mal connus de la plupart
des électeurs, mais le libellé de la question venait obscurcir
le fait que le but principal de ce projet de loi était de faire
passer de quatre à trois le nombre des États qui devaient obtenir
une majorité pour lapprobation des mesures législatives(33).
Le référendum que la Grande-Bretagne
a tenu sur le maintien des liens avec la CEE fait à la fois ressortir
la fragilité du libellé de la question et le peu dimportance quil
peut avoir à long terme.
Bien quon
ait suggéré de poser plus dune question sur le bulletin
de vote et de demander entre autres si les votants préféraient
laisser la décision au Parlement, le gouvernement fut davis
que la simplicité serait à son avantage. Il ny aurait donc
quune question sur le bulletin de vote et le Livre blanc
proposait la formulation suivante :
Le gouvernement
a fait connaître les résultats des renégociations sur les nouvelles
conditions daffiliation du Royaume-Uni à la Communauté
européenne.
PENSEZ-VOUS QUE
LE ROYAUME-UNI DEVRAIT RESTER DANS LA COMMUNAUTÉ EUROPÉENNE?
OUI
NON
Un débat sensuivit.
Au début de février, les maisons de sondage, ayant essayé différentes
formules qui avaient donné des résultats très variés, en conclurent
finalement que si le problème était bien expliqué lors dune
bonne campagne de publicité, la formulation naurait pas
dimportance. Malgré cela, la formulation a donné lieu à
des débats véhéments au sein du Cabinet. Le ministre des Affaires
étrangères voulait quon explique la prise de position du
gouvernement dans un long préambule alors que les opposants à
ladhésion demandaient quon remplace « Communauté européenne
» par « Marché commun. » Le Bill sur le référendum adopta
finalement la question telle quelle avait été formulée dans
le Livre blanc, mais le gouvernement se plia toutefois à la requête
des opposants de ladhésion et accepta dajouter les
mots « Marché commun, » entre parenthèses. La question se lut
finalement comme suit sur le bulletin de vote :
PENSEZ-VOUS QUE
LE ROYAUME-UNI DEVRAIT RESTER DANS LA COMMUNAUTÉ EUROPÉENNE
(LE MARCHÉ COMMUN)?
Même cette formulation
causa quelque souci administratif lorsquon découvrit que
les imprimeurs avaient placé « Marché commun » séparément, sur
une nouvelle ligne(34).
En Australie, en raison
de la forme préétablie du bulletin de vote, on na pas lhabitude
de jouer avec le libellé de la question, mais il nen demeure pas
moins que les deux référendums de 1916 et de 1917 sur la conscription
étaient étrangement libellés. La question du référendum de 1916 était
la suivante :
En ces heures graves,
êtes-vous daccord pour que le Commonwealth dispose des mêmes
pouvoirs exécutoires sur les citoyens en ce qui a trait à lobligation
du service militaire pour la durée de la présente guerre, à lextérieur
du Commonwealth, que ceux dont il dispose concernant le service
militaire au sein du Commonwealth? (traduction)
Le référendum fut rejeté
par une faible majorité, mais le gouvernement Hughes tenta de nouveau
sa chance en 1917 en posant une question plus laconique, mais qui néclairait
guère plus les électeurs : « Êtes-vous en faveur de la proposition visant
à permettre au gouvernement du Commonwealth daccroître la force
impériale de lAustralie outre-mer? » La question fut rejetée par
une majorité encore plus importante(35).
Un tel libellé se compare
à celui qua utilisé le Canada pour formuler sa question référendaire
de 1942 sur la conscription :
Acceptez-vous de
libérer le gouvernement de toute obligation découlant dun
quelconque engagement antérieur visant à restreindre la façon
de recruter des hommes pour le service militaire?
Laspect le plus intéressant
de la comparaison est peut-être que les électeurs des deux pays semblaient
effectivement savoir ce pour quoi ils votaient.
Le libellé de la question
a quand même eu une certaine importance au Canada après la guerre. Lors
dune conférence internationale sur les référendums, tenu en Angleterre
en 1979, le co-rédacteur du texte définitif sur les référendums a fait
les observations suivantes :
Le côté vague de
la question qui peut être posée au Québec me gêne moins que certaines
personnes. On a beaucoup discuté en Grande-Bretagne du libellé
de la question lors du référendum de 1975; en outre, lors dun
sondage, on a posé une question hypothétique de huit façons différentes
et obtenu des différences majeures dans les réponses à ces questions.
Les gens nétaient pas contents. Le libellé de la question
au sujet de ladhésion au Marché commun ou à la Communauté
européenne navait pas dimportance. À la fin dune
campagne électorale au cours de laquelle la question avait été
discutée en profondeur, les gens savaient parfaitement bien ce
quils faisaient. Ils disaient oui ou non. Personne na
vraiment lu la question dans lisoloir(36).
D. Conséquences
dun référendum
1. Référendums
et plébiscites
Bien que les termes « référendum
» et « plébiscite » soient souvent utilisés lun pour lautre,
leur origine est différente. Le terme « plébiscite » vient du droit romain
ou il était utilisé pour décrire une loi adoptée par vote des plébiens,
ou des hommes du peuple, à la demande dun magistrat plébien.(37)
Aujourdhui, le terme est utilisé pour décrire un vote des électeurs
dune compétence politique, dans lequel ces derniers expriment leur
opinion sur une question précise. Le terme « référendum » décrit une méthode
semblable qui consiste à « soumettre » une importante mesure législative
à un scrutin direct. Le terme napparaît pas dans la langue française
avant la fin du XVIIIe siècle, mais les cantons suisses avaient
déjà pris des décisions sur des questions ad referendum longtemps
auparavant.
Bien que les termes « référendum
» et « plébiscite » soient souvent utilisés lun pour lautre,
leur origine est différente. Le terme « plébiscite » vient du droit romain
ou il était utilisé pour décrire une loi adoptée par vote des plébiens,
ou des hommes du peuple, à la demande dun magistrat plébien(37).
Aujourdhui, le terme est utilisé pour décrire un vote des électeurs
dune compétence politique, dans lequel ces derniers expriment leur
opinion sur une question précise. Le terme « référendum » décrit une méthode
semblable qui consiste à « soumettre » une importante mesure législative
à un scrutin direct. Le terme napparaît pas dans la langue française
avant la fin du XVIIIe siècle, mais les cantons suisses avaient
déjà pris des décisions sur des questions ad referendum longtemps
auparavant.
Conformément à cette définition,
les plébiscites sont essentiellement de nature consultative et nont
aucun caractère juridique et exécutoire pour le gouvernement, peu importe
limportance de lobligation politique ou morale qui lui incombe
de se conformer au résultat. Quant aux référendums, au sens le plus strict
du terme, ils permettent de créer des lois directement sans que le gouvernement
nintervienne par la suite. Toutefois, cette distinction nest
pas toujours acceptée et dans de nombreux textes, on utilise le terme
« référendum » autant pour décrire un vote consultatif non exécutoire
quexécutoire.
Par exemple, dans le Déroulement
dun référendum au Québec, on dit que le référendum a pour but
de « consulter les électeurs sur un sujet donné au moyen dun scrutin
dont le déroulement est analogue à celui dune élection générale
»(38). Dans sa brochure publiée en 1978 et intitulée
Exposé du projet de loi sur le référendum du Canada, le gouvernement
fédéral précise que « dans les deux langues, lusage contemporain
favorise nettement « référendum »; « plébiscite » semble être tombé
en désuétude »(39).
Dans lensemble, cependant,
les juristes ont, plus que les politicologues, tendance à établir une
distinction entre le référendum et le plébiscite. Cest peut-être
ce qui explique pourquoi, nonobstant le fait que dans les brochures publiées
par les gouvernements du Canada et du Québec on fasse peu de différence
entre les deux termes, un auteur a, dans un article publié en 1989, établi
une distinction claire :
Un référendum est
un verdict juridiquement exécutoire de la population auquel le
gouvernement doit donner suite au moyen dune loi. Les tribunaux
ont précisé que, conformément aux principes du gouvernement parlementaire,
le Parlement ou les assemblées législatives provinciales ne peuvent
être juridiquement liés par un tel processus détablissement
de lois par la population. Seuls les conseils municipaux peuvent
véritablement recourir au référendum et être tenus légalement
responsables du résultat.
Quant au plébiscite,
il nest rien de plus que lexpression de lopinion
publique; il revêt un caractère consultatif uniquement et na
aucun caractère exécutoire pour le gouvernement fédéral, provincial
ou pour les municipalités(40).
Une des raisons qui explique
la confusion est peut-être la suivante :
Parfois, la distinction
que lon fait entre un référendum et un plébiscite
cest-à-dire entre un vote populaire qui est immédiatement
et juridiquement normatif et exécutoire, et un vote populaire
qui na quune autorité morale est une différence
qui ne semble exister que dans le monde de la common law
de la langue anglaise(41).
2. Référendums
exécutoires
Les référendums exécutoires
sont peu fréquents dans les démocraties parlementaires et conviennent
davantage aux pays qui ont une tradition de démocratie directe comme la
Suisse :
En Suisse, nous
voyons les référendums un peu différemment parce que nous ne croyons
pas que nous sommes une démocratie parlementaire. Nous estimons
être une démocratie directe; par conséquent, constitutionnellement
parlant, il ne fait aucun doute que le pouvoir ultime se trouve
entre les mains de la population. [
] On ne sen remet
jamais à la Cour suprême pour savoir si un référendum populaire
est permis. Le pouvoir ultime appartient à la population. Elle
a préséance sur tout organisme du gouvernement. La Cour suprême
ne déclarerait jamais quun référendum est inconstitutionnel.
Permettez-moi de donner deux exemples. Les femmes nont pas
eu le droit de vote en Suisse avant 1971. [
] Est-ce une
mesure inconstitutionnelle? Non, tant et aussi longtemps que la
population le voudra ainsi. La Cour suprême ne peut établir que
la population viole les droits fondamentaux de la personne(42).
De même, une initiative
constitutionnelle mise en branle pour expulser les travailleurs étrangers
de la Suisse a été rejetée par une majorité de pratiquement 60 p. 100;
cependant, sil en avait été autrement, les tribunaux nauraient
rien pu faire pour protéger les travailleurs étrangers, même sils
possédaient des permis de travail valides.
La Suisse a tenu 297 référendums
entre 1848, année où elle est devenue une fédération, et 1978. Les référendums
exécutoires, ou les propositions qui sont venues du Parlement, ont habituellement
été acceptés, 100 personnes ayant répondu oui contre 38 qui ont dit non.
Quant aux scrutins qui ont été demandés pour régler des propositions parlementaires
dans le cadre du processus de référendum optionnel, ils ont été plus souvent
négatifs, soit 67 non contre 7 oui. Dans lensemble, on peut donc
dire que lusage du référendum en Suisse est très efficace.
Une préoccupation, cependant,
cest que la participation électorale en Suisse est beaucoup plus
faible que dans les pays voisins, situation qui peut être attribuable
au très grand nombre de référendums. En outre, le pourcentage moyen de
la population qui participe aux référendums a diminué au cours des années
:
1880-1913
58 p. 100
1914-1944 61 p. 100
1945-1959 54 p. 100
1960-1969 43 p. 100
1970-1978
42 p. 100(43)
Tout compte fait, on peut
dire que la démocratie directe fonctionne bien en Suisse, même si elle
ne paraît pas être une denrée exportable :
La Suisse est le
foyer du référendum. Cest dans ce pays que lon recourt
le plus souvent à ce processus. Le référendum fait partie intégrante
de la vie politique. La Suisse a montré, quà tout le moins
dans un petit pays raffiné, la démocratie directe fonctionne et
nest pas alourdie par les conséquences négatives qui lui
ont été attribuées par les politicologues dailleurs. La
Suisse a fourni aux tenants américains et autres de la démocratie
directe le modèle sur lequel ils se sont appuyés dans les années
1890 et 1900. Et la Suisse peut prétendre que loriginal
continue de fonctionner beaucoup mieux que la copie(44).
À lheure actuelle,
la Constitution du Canada ne permet pas le référendum exécutoire :
En vertu de la constitution
actuelle, en effet, il est impossible de conférer un pouvoir législatif
direct à un processus référendaire puisque cela irait à lencontre
des pouvoirs et fonctions qui sont réservés au lieutenant-gouverneur.
[
] Cet obstacle constitutionnel ne diminue en rien, cependant,
la valeur politique du processus référendaire puisque la première
loi contraignante de la vie politique, en démocratie, est celle
de la majorité clairement exprimée. Et un gouvernement peut toujours
sengager explicitement à accepter le résultat dun
référendum(45).
3. Référendums
abrogatifs
Le référendum abrogatif
permet aux électeurs de rejeter ou dabroger une mesure adoptée par
une assemblée législative.
La Constitution danoise
prévoit quun tiers des membres du Folketing peut réclamer la tenue
dun référendum sur un projet de loi un fois quil a été adopté.
Pour que le projet de loi soit défait par voie référendaire, il faut une
majorité de votes négatifs et ceux-ci doivent représenter au moins 30
p. 100 des personnes ayant droit de vote. La disposition abrogative ne
sapplique pas à certains projets de loi, plus particulièrement ceux
qui portent sur les questions financières ou les traités.
Larticle 75 de la
constitution italienne prévoit quune loi peut être abrogée au moyen
dun référendum demandé par 500 000 électeurs ou cinq conseils régionaux.
Sont précisément exclus les lois financières ou budgétaires, les amnisties
ou les pardons, ou les lois autorisant la ratification de traités internationaux.
La loi de mise en oeuvre na pas été adoptée avant 1970 et en 1986,
il y avait eu neuf référendums. Le premier, tenu en 1974, a permis dabroger
les lois sur le divorce, mais aucun des autres référendums tenus par la
suite na été accepté. Quatre dentre eux portaient sur une
loi antiterroristes, deux consistaient en des propositions visant à restreindre
laccès à lavortement et les autres concernaient le financement
de lÉtat ou des partis politiques ainsi que lindexation automatique
des salaires.
Certains indices portent
à croire que les référendums sur les modifications à la constitution ont
tendance à permettre le rejet de projets de loi qui sont particulièrement
mal rédigés. Cela est peut-être simplement dû au fait que les électeurs
ont limpression quun projet de loi qui ne peut être expliqué
logiquement renferme des problèmes internes :
Il me semble que
si un référendum porte exclusivement sur lapprobation ou
le rejet dun projet de loi adopté par le Parlement, les
tenants du projet de loi souhaiteront davantage faire adopter
des lois qui sont défendables plutôt que de concocter un mauvais
projet de loi et dessayer de le faire adopter bon gré mal
gré. Lune des raisons qui explique pourquoi la Scotland
Act et la Wales Act nont pas été appuyées plus
solidement dans les référendums est quil sagissait
de mesures législatives extrêmement mal rédigées(46).
Le général De Gaulle a subi
la défaite lors du référendum de 1969 en partie parce que « les experts
constitutionnels du Conseil de lÉtat ont décrit le projet de loi
comme étant lun des plus mal rédigés à être soumis au Conseil »(47).
Tout compte fait, le référendum
abrogatif semble être parmi ceux qui obtiennent le plus de succès et qui
ont le moins de conséquences négatives. Comme le prouve lexpérience
de lItalie et de la Suisse, les référendums abrogatifs sont habituellement
rejetés et ont donc rarement un effet déstabilisateur. Quant à leurs répercussions
sur la démocratie représentative, elles sont minimes puisque les référendums
nont lieu quune fois le processus législatif terminé. Le législateur
ne peut donc sen remettre aux référendums abrogatifs simplement
parce quil ne veut pas régler une question difficile. Néanmoins,
ces référendums sont un contrepoids utile dont dispose lélectorat
face au législateur. La simple possibilité dun référendum abrogatif
confère une légitimité supplémentaire aux modifications constitutionnelles
puisquil ne fait aucun doute que des modifications grandement impopulaires
seraient contestées.
4. Plébiscite ou
référendum consultatifs
On fait parfois une distinction
entre le plébiscite et le référendum consultatif, mais cette distinction
est très difficile à soutenir. Selon certains, le plébiscite permet dapprouver
ou de légitimer une mesure adoptée par un gouvernement, alors que le référendum
consultatif nest rien dautre quune consultation. En
fait, compte tenu du poids moral et politique du référendum, le plébiscite
et le référendum consultatif ont tendance à se recouper.
Les référendums qui ont
pour but de consulter la population ne sont pas juridiquement exécutoires,
mais ils ont tendance à lêtre sur le plan politique. En théorie,
le référendum tenu au Québec en 1980 ne liait pas le gouvernement du Québec
et encore moins celui dOttawa; toutefois, son importance politique
et morale ne faisait aucun doute.
Comme les référendums consultatifs
visent à évaluer lopinion publique plutôt quà légitimer une
mesure précise, ils laissent aux gouvernement suffisamment de souplesse
pour y donner suite. La Suède a tenu en 1980 un référendum consultatif
afin de savoir si le pays devait continuer dutiliser lénergie
nucléaire, et toutes les parties avaient déclaré quelles seraient
liées par le résultat. Or, le référendum na pas fourni de réponse
précise, mais a permis de façonner un compromis, accordant ainsi aux diverses
parties plus de souplesse que si le référendum avait été juridiquement
exécutoire.
Cependant, les gouvernements
ne se sentent pas toujours liés par un référendum antérieur. En 1955,
une écrasante majorité de Suédois sest déclarée contre la conduite
à droite. Néanmoins, en 1963, le gouvernement a adopté la conduite à droite
sans tenir dautre référendum.
On soutient que le plébiscite
est un moyen de légitimer une mesure ou une décision dun gouvernement,
alors que le référendum consultatif permet détablir quelles décisions
le public attend du gouvernement. Cependant, la différent entre les deux
peut être illusoire :
Le référendum consultatif
est un outil fragile. Il peut conserver foncièrement son caractère
de consultation sil est utilisé en de rares occasions. Par
contre, si on y recourt souvent ou si on lutilise pour régler
des questions qui polarisent lopinion (par exemple, ladhésion
de la Norvège à la CEE en 1972), son caractère consultatif devient
illusoire. En défier le résultat serait mépriser lélément
le plus important de la légitimité dans un État démocratique,
cest-à-dire le consentement de la population(48).
E. Mesures faisant lobjet dun référendum
1. Modifications
constitutionnelles
Dans un certain nombre de
pays, la constitution renferme des dispositions prévoyant la tenue de
référendums pour ladoption des modifications constitutionnelles.
- En Australie, les modifications
constitutionnelles doivent être approuvées par voie référendaire, et
ce par une majorité de tous les électeurs participant au scrutin ainsi
que par une majorité des voix dans une majorité dÉtats (soit quatre
sur six).
- En Autriche, toute modification
constitutionnelle importante doit être approuvée par voie de référendum
si le tiers des membres du Conseil national ou du Conseil fédéral (la
chambre haute qui représente les « Lander » ou provinces) en fait
la demande.
- Au Danemark, les modifications
constitutionnelles doivent être approuvées par une majorité simple des
voix au cours dun référendum, qui représente au moins 40 p. 100
des personnes ayant droit de vote.
- En France, les modifications constitutionnelles
doivent être confirmées soit par une majorité des trois cinquièmes des
deux chambres réunies, soit par référendum.
- En Irlande, un projet de loi visant
à modifier la constitution doit être nécessaire seulement sil
est exigé par le cinquième des membres de lune ou lautre
des chambres, par 500 000 électeurs ou par cinq conseils régionaux,
dans un délai de trois mois suivant la publication de la modification.
- En Espagne, une modification constitutionnelle
peut être assujettie au référendum afin dêtre ratifiée si un dixième
des membres de lune ou lautre des chambres en fait la demande
dans un délai de 15 jours suivant ladoption de la modification.
- En Suisse, toutes les modifications
constitutionnelles doivent être confirmées par une majorité de citoyens.
En outre, toute modification proposée par 50 000 citoyens fait lobjet
dun référendum (à moins que le Parlement y donne suite en proposant
sa propre modification et que les parrains du référendum retirent leur
initiative). Les modifications constitutionnelles doivent être approuvées
par une majorité des électeurs et par une majorité de cantons.
Au sujet des procédures
référendaires contenues dans les propositions constitutionnelles du gouvernement
fédéral en 1980, Gregory Mahler laisse entendre que les trois pays qui
se comparent le mieux au Canada sont lAustralie, la Suisse et lAllemagne
de lOuest :
On constate donc
que la formule de modification proposée par le Canada aurait été
assez différente de ces autres procédures. Dans le cas de lAllemagne,
le référendum nest pas nécessaire et on nexige pas
non plus lapprobation ultérieure par les États, mais les
États sont directement représentés au Bundesrat; on ne peut se
passer de lapprobation de leurs représentants. Cependant,
une modification peut être adoptée sans lapprobation dun,
de deux ou de trois des États allemands. Quant à la constitution
australienne, elle ne donne pas aux États la possibilité dapprouver
ou de désapprouver les modifications, mais elle exige des majorités
populaires importantes au cours dun référendum. Quant à
la Suisse, elle constitue un moyen terme : la population doit
approuver les modifications par voie de référendum et les États
doivent approuver tout référendum qui est proposé(49).
M. Mahler poursuit en disant
que la proposition de référendum mise de lavant par le gouvernement
Trudeau en ce qui a trait aux modifications constitutionnelles aurait
considérablement réduit les pouvoirs des provinces. Plus précisément,
le gouvernement fédéral aurait pu faire approuver une modification par
voie de référendum, même si toute les provinces sy étaient opposées;
cependant, linverse nétait pas vrai.
2. Revendications
territoriales ou souveraineté
Lorsquil y
a conflit au sujet de lappartenance dun territoire,
ou sur les véritables frontières dun État, le référendum
ou le plébiscite est souvent considéré comme le meilleur moyen
de régler le différend. En fait, il semblerait que ce soit la
seule méthode permettant dharmoniser lirréconciliable
credo du nationalisme avec celui des gouvernements populaires(50).
Les premiers plébiscites
officiels concernant la souveraineté ont eu lieu à la fin du XVIIIe
siècle en vue détablir si le territoire papal dAvignon souhaitait
être annexé à la France révolutionnaire. Au XIXe siècle, les
référendums sur lautodétermination jouèrent un rôle majeur dans
lunification de lItalie :
Il est juste de
dire que lÉtat moderne dItalie a été construit grâce
à une série de référendums au cours desquels des majorités écrasantes
se sont présentées aux bureaux de scrutin en vue de procéder à
lunification de leur pays(51).
Les six premiers membres
du Marché commun nont pas tenu de référendum sur sa formation, mais
les éventuels « membres du second round » lont fait : il sagit
de lIrlande, du Royaume-Uni, du Danemark qui ont accepté, et de
la Norvège qui a refusé. Lune des leçons que lon peut tirer
des référendums tenus sur ladhésion à la CEE dans les années 70,
cest que les consultations sur la souveraineté peuvent avoir des
résultats dangereusement imprévisibles :
Le Parti social-démocrate
norvégien sétait mis daccord pour la tenue dun
référendum, croyant que la population norvégienne répondrait à
la question référendaire par laffirmative; les gens on plutôt
dit non. Les membres du Parti travaillistes de la Grande-Bretagne
qui étaient contre ladhésion de Marché commun ont commis
exactement la même erreur; le référendum de 1975 est venu rattacher
encore davantage la Grande-Bretagne à lEurope. Enfin, Pompidou
a tenu un référendum [en vue dapprouver ladmission
de la Grande-Bretagne, de la Norvège, du Danemark et de lIrlande],
référendum quil naurait pas eu besoin de tenir afin
daccroître son prestige; malheureusement, la consultation
a produit leffet contraire(52).
Le « référendum sur la délégation
de pouvoirs » tenu au Royaume-Uni en 1979 venait demander aux citoyens
dÉcosse et du Pays de Galles sils souhaitaient létablissement
de leurs propres assemblées, comme le prévoyaient la Scotland Act
et la Wales Act de 1978. Cette question est discutée en détail
plus loin sous le titre «Décompte des votes. »
Lune des objections
au référendum qui est le plus solidement ancrée est que la question
proposée séloigne souvent beaucoup du véritable sujet débattu.
Dans le cas de la délégation de pouvoirs, la question était de
savoir sil y aurait rupture de lÉtat britannique.
Le professeur Steiner
soutient que les choses ne se passent pas ainsi en Suisse; le
référendum sur la délégation des pouvoirs est différent de tout
ce qui sest fait en Suisse parce que personne de ce pays
na proposé quun canton se sépare de la Fédération.
On tient des référendums sur toutes sortes dautres chose,
mais jamais sur la rupture de lÉtat suisse. Il y a deux
types de sujets totalement différents : les questions constitutionnelles,
qui sont délicates et émotives, et les questions dordre
général. Personne na jamais songé à exiger la tenue dun
référendum afin de savoir si lÉtat dOklahoma devrait
se séparer de lUnion fédérale(53).
Quelles que soient les difficultés
que puisse poser un référendum sur des revendications territoriales et
la souveraineté, il est probablement préférable aux autres solutions.
Le processus politique traditionnel, que repose sur lopposition
des partis, peut créer encore plus de division quun référendum.
En outre, de toutes les questions, celles qui concernent la souveraineté
semblent être les mesures qui doivent être le plus fortement légitimées.
Comme le faisait
remarquer Benjamin Disraeli, rien nest définitif en politique,
surtout en ce qui concerne les questions mettant en cause les
émotions changeantes et fragiles que soulève le nationalisme.
Il ne faudrait donc pas sattendre à trouver un instrument
qui puisse permettre datteindre une décision définitive
dans un État démocratique. Une fois ce point compris, le référendum
devient, pour paraphraser Winston Churchill, le pire instrument
que lon puisse trouver pour résoudre des conflits territoriaux,
exception faite de tous les autres(54).
3. Questions morales
ou politiques
Les référendums sur des
questions morales ou politiques ont tendance à comprendre un report délibéré
de lusage du pouvoir décisionnel :
Les gouvernements
hésitent à régler des questions sur lesquelles ils sont eux-mêmes
divisés; ils veulent éviter dassumer la responsabilité dune
décision qui serait impopulaire auprès dune partie importante
du public. Les référendums sont une façon de refiler la responsabilité
à quelquun dautre. Les référendums sur ladhésion
à la CEE qui ont été tenus en Norvège et en Grande-Bretagne, le
référendum de Léopold III en Belgique, le référendum sur le divorce
en Italie et les divers référendums sur la prohibition en Scandinavie
et en Australie en sont des exemples. De façon différente, il
en fut de même des référendums sur la conscription militaire (Australie
1916 et 1917; Canada 1941; Nouvelle-Zélande 1949)(55).
Souvent, les questions morales
comme le divorce, la prohibition ou lavortement peuvent remettre
en question de la discipline de parti et un référendum devient alors le
moyen déviter la perturbation au Parlement. De même, le référendum
peut comprendre le règlement dun problème politique lorsquune
question, comme ladhésion de la Grande-Bretagne à la CEE, menace
de faire éclater lunité dun parti.
4. Projet de loi C-9, Loi
sur le référendum au Canada (1978)
Malgré lhésitation
qua toujours manifestée le gouvernement fédéral à tenir des référendums,
le projet de loi C-9, Loi sur le référendum au Canada, fut présenté en
1978, peu de temps après que lAssemblée nationale du Québec eut
adopté la loi habilitante prévoyant la tenue dun référendum provincial
en 1980; le projet de loi C-9 visait vraisemblablement à permettre au
gouvernement fédéral de tenir son propre référendum, sur sa propre question,
si le besoin sen faisait sentir.
Les principales dispositions
du projet de loi sur le référendum au Canada déposé en 1978 étaient les
suivantes :
- Les référendums nauraient pu être
tenus que sur des questions touchant la Constitution.
- Les référendums auraient été de nature
consultative et naurait pas eu leffet direct de la loi.
- Il aurait fallu pouvoir répondre aux
questions par un oui ou par un non.
- Les référendums auraient pu se tenir
dans une ou plusieurs provinces.
- Les référendums auraient été tenus par
suite du dépôt à la Chambre des communes dune résolution de gouvernement
renfermant une question précise. Le débat qui sen serait suivi
aurait été limité à 40 heures; les référendums nauraient pu être
tenus que sur des questions approuvées par la Chambre des communes et
le Sénat.
- Les brefs référendaires n'auraient pu
être émis que dans un délai de 45 jours suivant lapprobation de
la résolution par le Parlement en vue de tenir un référendum; la campagne
officielle aurait duré 47 jours.
- Tous les partis fédéraux et provinciaux
ou les autres groupes prévoyant dépenser plus de 5 000 dollars durant
la campagne officielle auraient été tenus de senregistre; lenregistrement
aurait pu se faire nimporte quant à partir du moment du dépôt
de la résolution jusquà sept jours avant la tenue du scrutin.
- Les partis enregistrés ou les « comités
référendaires enregistrés » auraient pu avoir un représentant de circonscription
qui aurait disposé de droits semblables aux candidats pour la révision
des listes électorales et lexamen des bulletins de vote.
F. Réglementation
du processus référendaire
Dans lensemble, la
loi électorale actuelle prévoit la compilation des registres des électeurs,
la nomination des directeurs de scrutin, létablissement et la dotation
des bureaux de scrutin ainsi que les règles concernant le caractère secret
du vote. Bien que lon propose parfois que les règles concernant
lâge auquel une personne a droit de vote soient assouplies au moment
dun référendum, on ne le fait habituellement pas. Par contre, on
pourrait peut-être donner un droit de vote à un référendum à certaines
catégories délecteurs qui, pour des raisons qui vont de la neutralité
absolue (juges) à une incapacité juridique (prisonniers), nont pas
le droit de vote aux élections générales.
Certains problèmes concernant
les référendums sont assez distincts de ceux qui se posent au cours des
élections; ils concernent la plupart du temps lidentification des
différents groupes dintérêt de façon que les critères concernant
le financement, les médias et les scrutateurs puissent sappliquer
de façon juste.
1. Groupement des
intérêts
En général, pour
ce qui est de la réglementation des référendums, le plus difficile est
de définir les groupes auxquels sappliquent les critères généraux
en matière de finances et daccès aux médias :
La création de groupes
de coordination a pour but dassurer léquité entre
les deux parties tant en ce qui concerne le financement que laccès
aux médias. Si les autorités publiques doivent accorder des crédits
pour le financement des campagnes référendaires, il est nécessaire
détablir qui y a droit. Sil faut fixer une limite
aux dépenses de sorte que le groupe le plus en fonds « nachète
pas » la victoire, il est nécessaire détablir qui peut dépenser
de largent et qui doit être responsable sur le plan financier.
Si les autorités doivent présenter des brochures pour expliquer
les points de vue opposés, il faut définir qui doit rédiger ces
documents. Si les médias doivent offrir du temps dantenne
égal à tous, il convient détablir officiellement qui sont
les représentants chargés de présenter les arguments équilibrés(56).
Le référendum tenu en Grande-Bretagne
sur le maintien des liens de cette dernière avec la CEE renfermait un
certain nombre de caractéristiques bien particulières, nombre dentre
elles portant sur la reconnaissance des groupes de coordination. Une subvention
de 125 000 £ a été accordé à chacun des organismes de coordination car
il était évident que les tenants des liens avec le Marché commun disposaient
de ressources supérieures à ceux qui sy opposaient. En outre, la
solidarité du Cabinet a été assouplie pendant les trois mois du référendum;
seize membres du Cabinet ont fait campagne en faveur du maintien des liens
avec la CEE alors que sept ont fait campagne contre.
Le recours aux groupes de
coordination, quon a vus pour la première fois lors du référendum
tenu au Royaume-Uni en 1975, a été adopté au Québec, tout comme lont
été de nombreux autres aspects du référendum britannique. En fait, le
gouvernement du Québec, aussi étonnant que cela puisse paraître, a été
très élogieux au sujet de lexpérience britannique dans un document
publié en 1977 et intitulé La consultation populaire au Québec,
publié par le ministre dÉtat à la Réforme électorale et parlementaire
:
On constatera que
les dispositions retenues, tout en sinspirant de plusieurs
pays à très forte tradition démocratique, sont en tout premier
lieu tributaires de lexpérience vécue par la Grande-Bretagne
lors du référendum de 1975, sur le maintien des liens avec le
Marché commun. Le régime parlementaire, la longue tradition démocratique
et le sens profond du « fair play » sont autant dinstitutions
britanniques que les Québécois ont absorbées dans leur propre
tradition politique. Les mécanismes référendaires institués par
la Grande-Bretagne à partir de ses institutions apparaissent au
gouvernement du Québec comme un guide précieux dans lamélioration
de nos propres institutions(57).
La Loi sur la consultation
populaire du Québec prévoyait que les membres de lAssemblée
nationale pouvaient faire connaître loption quils retenaient
au Directeur général des élections dans un délai de sept jours suivant
ladoption de la question ou du projet de loi contenant une question.
Les tenants de chaque option se constituaient alors en comités provisoires.
Si, après sept jours, aucun membre de lAssemblée nationale navait
enregistré une option ou une autre, le Directeur général des élections
pouvait alors inviter entre trois et vingt électeurs à constituer un comité
provisoire.
Par contre, aux termes du
Projet de loi sur le référendum au Canada, tous les groupes dépensant
plus de 5 000 dollars au cours dun référendum auraient été tenus
de senregistrer auprès du Directeur général des élections, mais
aucune disposition ne serait venu restreindre le nombre de ces groupes.
Les raisons qui ont motivé
le gouvernement du Québec à adopter le principe des groupes de coordination
étaient les suivantes : accorder un traitement égal aux tenants de chaque
option, conformément aux pratiques électorales qui limitaient les dépenses
maximales et éviter de se retrouver dans une situation artificielle qui
amènerait un parti politique à défendre une question qui ne serait pas
conforme à sa ligne de pensée. Pour que tous jouissent dun traitement
égal, il fallait que lÉtat accorde une aide financière et restreigne
les dépenses et le financement provenant de lextérieur.
Nonobstant la légitimité
reconnue des groupes de coordination, la loi du Québec a provoqué certaines
critiques parce que, bien quelle ait eu pour but dempêcher
la distorsion provoquée par des groupes possédant de bons moyens financiers,
Elle a eu pour conséquence
de remettre tout le débat pratiquement exclusivement entre les
mains des deux principaux partis de la province. Les gens qui
voulaient appuyer une des raisons non approuvées par le groupe
qui les représentait durant la campagne semblaient être réduits
au silence.
Lorsquelle
fut mise à lépreuve en 1980, la loi du Québec a été plus
facile à appliquer et sest avérée moins rigide que de nombreuses
personnes ne lavaient craint. On na noté aucun différend
sérieux au sein des groupes de coordination, bien que lon
puisse soutenir que les Libéraux ont utilisé leur position pour
consolider leur prédominance sur les autres petits partis comme
étant lopposition au Parti Québécois. Dautres
organismes ont réussi à faire entendre leur voix durant la campagne
référendaire en recourant à la publicité institutionnelle et aux
conférences, ainsi quen prononçant des discours au Parlement
fédéral et en sadressant à dautres organismes de la
presse. La presse, par les colonnes de ses correspondants, sest
avérée un forum intéressant où se sont exprimés toutes sortes
de points de vue(58).
2. Financement
et accès aux médias
Une fois que la loi régissant
les groupes de coordination est adoptée, les grandes questions quil
reste à régler sont lampleur des contributions du gouvernement aux
groupes, les exigences concernant les rapports, les limites aux contributions
durant la campagne, les plafonds imposés aux dépenses durant la campagne,
laccès garanti aux médias (principalement la télévision), la publication
possible dénoncés de principe aux frais du gouvernement et la durée
de la campagne.
Dabord, if faut décider
si les contributions et les dépenses durant la campagne référendaire doivent
être rendues publiques. Comme les référendums portent souvent sur un question
très émotive, les arguments pour et contre le divulgation diffèrent quelque
peu de ceux qui sont invoqués au moment délections générales. Certains
ont laissé entendre que « leffet temporisateur » de la divulgation
des dépenses peut être plus prononcé au cours dune campagne référendaire
quau cours dune campagne électorale et plusieurs pays, notamment
le Danemark et la Norvège, ont décidé de ne pas imposer de normes concernant
la divulgation et les rapports précisément pour ces motifs(59). Le compromis pourrait consister
à fixer les contributions qui doivent être déclarées à un niveau suffisamment
élevé pour restreindre au minimum les exigences concernant les rapports
et lapplication dune telle disposition.
Autre question en général
litigieuse : Faut-il limiter les dépenses? Dune part, une limite
aux dépenses permet de sassurer que les coûts de la campagne référendaire
demeurent raisonnables et que les plus riches « nachètent pas »
le référendum; de plus, on croît quune telle limite accroît la confiance
du public dans les résultats. Dautre part, si les plafonds sont
fixés aux dépenses sont plus difficiles à appliquer au cours dune
campagne portant sur une seule question, lorsquil est difficile
de faire la différence entre une publicité référendaire et une « publicité
sociétale. » Si, par exemple, le Canada tenait un référendum sur une interdiction
complète de fumer, une campagne de publicité menée à léchelle nationale
par la Société canadienne du cancer sur le cancer du poumon devrait-elle
être assujettie aux limites fixées pour les dépenses?
Il y a aussi deux autres
questions connexes soit celle de savoir sil faut restreindre les
contributions provenant des organisations qui ont un intérêt dans le résultat
du référendum, et celle de déterminer sil faut imposer un plafond
aux contributions qui proviennent dune source unique, quelle quelle
soit. Enfin, il y a aussi la question du « plancher » des coûts dune
campagne, ou des sommes que le gouvernement doit débourser pour sassurer
que toutes les parties sont en mesure de mener une campagne dinformation
efficace.
G. Décompte des suffrages
Les critères régissant le
succès dun référendum peuvent varier considérablement :
La décision peut
être prise par simple majorité des électeurs ou lon
peut imposer certaines exigences plus rigoureuses comme les deux
tiers des électeurs (Gambie), 50 (Allemagne de lOuest),
45 (Danemark jusquen 1953) et 40 p. 100 des personnes ayant
droit de vote (référendums de lÉcosse et du Pays de Galles
de 1979) ou 50 p. 100 des électeurs dans une majorité
dÉtats ou de cantons (Australie et Suisse). Dans la très
grande majorité des cas, une simple majorité suffit pour donner
le verdict, bien que, comme la constaté le roi Léopold III
de Belgique en 1950, une majorité de 57 p. 100 nest pas
suffisante pour faire accepter et légitimer un chef dÉtat(60).
La participation électorale
à un référendum peut également revêtir une importance cruciale. Dans le
cas du référendum de Terre-Neuve tenu en 1948, le Royaume-Uni avait clairement
laissé entendre quil considérait toute majorité, peu importe son
ampleur, comme exécutoire. Par contre, en 1972, le président Pompidou
a tenté de capitaliser sur lutilisation créative du référendum quen
avait fait le général De Gaulle en convoquant un référendum sur lapprobation
de lentrée de la Grande-Bretagne, de lIrlande, de la Norvège
et du Danemark dans la Communauté européenne. Bien que presque 70 p. 100
des électeurs aient répondu oui à la question posée, les deux cinquièmes
de lélectorat ne se sont pas présentés aux bureaux de scrutin. Il
sagissait du taux dabstention le plus élevé jamais enregistré
au cours dune élection en France à léchelle nationale depuis
la guerre. En tenant un référendum inutile dans lespoir daccroître
son prestige, le président Pompidou a obtenu un résultat tout à fait contraire.
Lorsque les résultats dun
référendum sont exécutoires, soit quils se traduisent par une loi
ou par une entente politique, la question est toujours de savoir sil
faudrait exiger le consentement dun certain pourcentage de tout
lélectorat ainsi que de la majorité des électeurs. Lexemple
le plus fréquemment cité est le référendum de 1979 sur la délégation de
pouvoirs à lÉcosse. En 1978, le gouvernement travailliste a présenté
des projets de loi prévoyant la délégation de certains pouvoirs à de nouvelles
assemblées en Écosse et au Pays de Galles, à condition que la mesure soit
approuvée par les électeurs au cours de référendums qui se tiendraient
dans ces régions et non en Angleterre même. Une rébellion des députés
darrière-ban au tout début de 1978 a forcé le gouvernement à modifier
son projet de loi et à prévoir que « si de lavis du Secrétaire dÉtat,
moins de 40 p. 100 des Écossais ou des Gallois admissibles votaient pour
le projet de loi en question, le Secrétaire serait tenu de déposer un
ordre dabrogation devant le Parlement. » Les élections ont eu lieu
le 1er mars 1979 et la participation électorale est devenue
dune importance fondamentale. Aucun problème ne se posait au Pays
de Galles, qui a rejeté la délégation de pouvoirs par une majorité de
80 p. 100 délecteurs et de 47 p. 100 de lélectorat, mais les
résultats en Écosse ont été moins clairs :
| |
Bulletins de vote |
Pourcentage des voix exprimées |
Pourcentage de l'électorat |
| OUI |
1 230 937 |
51,6 |
32,9 |
| NON |
1 153 502 |
48,4 |
30,8 |
| Abstention |
- |
- |
- |
Le gouvernement a tenté
de retarder les choses, mais a perdu un vote de confiance de justesse
le 28 mars 1979. Lexpérience semble avoir atténué lintérêt
des Britanniques pour les référendums, plus particulièrement depuis que
certains observateurs laissent entendre quil serait politiquement
impossible de tenir un référendum en Grande-Bretagne sans incorporer cette
règle des 40 p. 100.
Le Danemark exige aujourdhui
que 40 p. 100 de lélectorat approuve une modification constitutionnelle.
Cependant, les référendums sur les projets de loi autres que les modifications
constitutionnelles sont tenus de façon différente; pour quils soient
refusés, il faut que la majorité des électeurs participant au scrutin
répondre par la négative et ceux-ci représentent au moins 30 p. 100 de
lélectorat.
Le Québec a envisagé cette
possibilité lorsquil a élaboré son projet de loi sur le référendum,
mais a décidé que « par ailleurs, ce caractère consultatif des référendums
fait quil serait inutile dinclure dans la loi des dispositions
spéciales à légard de la majorité requise ou du taux nécessaire
de participation »(61).
Un autre moyen de régler
le problème de la faible participation électorale est dadopter le
vote obligatoire. Une telle méthode est en vigueur en Australie depuis
1924. Bien que la participation ait radicalement augmenté, leffet
de cette mesure sur le résultat des référendums ultérieurs nest
pas certain.
Seulement la moitié
des électeurs inscrits ont voté aux référendums de 1906 et de
1911, alors que six électeurs sur dix ont voté en 1910 et que
plus de sept électeurs sur dix ont fait la même chose en 1913
et en 1919. Il est difficile de croire que laugmentation
de la participation à 91 p. 100 qui sest produite en 1926
na en aucun effet sur le résultat du scrutin; le raisonnement
le plus plausible à priori suggère en effet que le fait de forcer
des personnes non intéressées par la question et qui nen
connaissaient rien a probablement accru le nombre de ceux qui
étaient susceptibles de dire non. Les succès ont été plus marqués
aux référendums depuis 1924; cependant, le nombre de ratés continue
dêtre très important. Aucune conclusion ne peut être tirée
à ce sujet(62).
LItalie a adopté le
vote semi-obligatoire et de nombreux pays ont réglé la question en tenant
leurs référendums en même temps que les élections nationales, au moment
où lintérêt des électeurs est à son zénith. Cette mesure permet
également de réduire les coûts du référendum tout en perturbant le moins
possible la conduite des affaires du gouvernement. Cependant, les passions
politiques ont tendance à être plus grandes au moment des élections et
la question posée au référendum peut sentremêler avec dautres
questions.
Le référendum tenu par la
Belgique en 1950 (dont il a été question à la note de bas de page 60)
se voulait un plébiscite consultatif visant à déterminer si Léopold III
devait accéder de nouveau au trône. Le problème nétait pas un problème
de majorité totale, Léopold III disposant dune majorité dans
la moitié flamande de la Belgique; toutefois, il ne disposait que dune
minorité dans la moitié française. Dans ces circonstances, les résultats
du référendum nont pas permis de résoudre le problème, et Léopold
III a décidé dabdiquer.
La même chose aurait pu
se produire au moment du référendum tenu au Québec en 1980 si les résultats
avaient été plus également divisés. Avant le référendum, René Lévesque
avait dit espérer que la proposition référendaire ne serait pas défaite
par une faible majorité : « [
] toute majorité de
situant autour des 45 à 50 p. 100 signifie évidemment que la majorité
des francophones ont voté oui. [
] Cela voudrait dire quune
majorité de francophones a clairement exprimé un « oui », mais quelle
a été bloquée par une minorité. » Même avec un rejet de la proposition
dans une proposition de 60 à 40 p. 100, il estimait que la situation nétait
pas entièrement claire : « À ce jour, nul ne sait si nos deux cinquièmes
de oui représentèrent ce soir-là 49 ou 51 p. 100 du Québec français »(63).
Les résultats dun
référendum peuvent varier considérablement suivant la configuration géographique
et le milieu social, même dans des sociétés comparativement homogènes.
Lors du référendum tenu à Terre-Neuve, qui a été chaudement disputé, la
population a approuvé lentrée de cette province dans la Confédération
par une mince majorité de 52 contre 48 p. 100. Limportance de la
configuration géographique était évidente :
Cest surtout
dans la Péninsule dAvalon quon avait voté en faveur
du gouvernement responsable; à lextérieur de la péninsule,
tous les districts, sauf un, sétaient prononcés en faveur
de lunion. Il semble que le découpage du vote ait été partiellement
calqué sur les « frontières » confessionnelles : la population
de la Péninsule dAvalon était en majorité catholique romaine
et larchevêché catholique romain avait nettement pris position
contre la Confédération(64).
Les situations susmentionnées
viennent illustrer à quel point il est difficile de savoir comment procéder
au décompte des votes dans un référendum. Certains ont laissé entendre
qu « il était absolument essentiel lors du référendum tenu en Belgique
que les résultats obtenus au niveau local tout comme ceux de la Belgique
dans son ensemble soient rendus publics parce quils ont fait la
preuve que seulement une moitié de la population voulait de Léopold III,
tandis que lautre moitié nen voulait pas »(65). La question cependant nest pas simple.
En Grande-Bretagne, par
exemple, le décompte et lenregistrement se sont toujours faits par
unités plus grandes que dans la plupart des pays démocratiques, mais lors
du référendum de 1975 sur le maintien des liens avec la CEE, on a adopté
des unités encore plus grandes afin quaucun député ne soit gêné
par un écart évident entre ses propres opinions et celles de ses électeurs.
Au départ, on se proposait de faire le décompter de tous les votes à Londres
et dannoncer seulement le résultat du vote à léchelle nationale,
surtout parce quon craignait que des résultats différents en Écosse,
au Pays de Galles ou en Irlande du Nord ne créent des difficultés politiques
graves. Cette idée a été abandonnée par la suite tant pour des raisons
administratives que politiques et les votes ont été comptés par comté
plutôt que par circonscription.
Le gouvernement du Québec
sest rendu compte du problème lorsquil a rédigé son propre
projet de loi sur le référendum :
Lors des élections,
les suffrages, après avoir été comptés dans chaque bureau de scrutin,
sont regroupés au niveau des circonscriptions électorales. On
pourrait évidemment conserver cette façon de procéder lors des
référendums. Il faut remarquer cependant quon risque alors
de mettre en contradiction les électeurs et leur député. On pourrait
obvier à cette difficulté en suivant lexemple de la Grande-Bretagne
et en faisant en sorte que les résultats de chaque bureau de scrutin
soient regroupés au niveau de régions réunissant un certain nombre
de circonscriptions électorales ou même au niveau de tout le Québec.
Le gouvernement reste ouvert à lune ou lautre de ces
trois méthodes(66).
Parfois, le
problème en ce qui a trait à une division géographique ou sociale nest
pas la façon dont les bulletins de vote sont comptés, mais un refus de
la minorité de participer au scrutin. Par exemple, dans le référendum
sur les « frontières » de 1973, la population de lIrlande du Nord
devait indiquer si elle voulait ou non que sa région continue à faire
partie du Royaume-Uni; 98 p. 100 des électeurs ont répondu oui à la question
posée. Les résultats du référendum ont cependant été analysés de diverses
façons car il était évident que de nombreux catholiques avaient refusé
de prendre part au vote.
(1) Pour obtenir la liste des référendums nationaux,
voir « Appendix A National Referendums », dans David Butler et
Austin Ranney, Referendums : A Comparative Study of Practice and Theory,
Washington, American Enterprise Institute for Public Policy Research,
1978, p. 227-237.
(2)
Les modalités pertinentes à la tenue dun référendum dans certains
pays sont décrites dans louvrage Parlement, 1986. Seuls, les aspects
pertinents sont abordés dans le présent document.
(3)
On trouvera une liste des référendums et plébiscites tenus au Canada dans
louvrage de J. Patrick Boyer intitulé Lawmaking by the People
: Referendums and Plebiscites in Canada, Toronto, Butterworths, 1982,
p. 39-41.
(4)
Thomas Foley, in « Reflections on Referendums », The Referendum Device,
conférence parrainée par lAmerican Institute for Public Policy Research
et la Hansard Society for Parliamentary Governments, Washington, 1981,
Austin Ranney (éd.), 1982, p. 10 (traduction).
(5)
David Butler, « The World Experience », The Referendum Device (1981),
p. 75 (traduction)
(6)
Ronald Butt, in « Reflections on Referendums », (1981), p. 12 (traduction).
(7)
Robin Day, in « Reflections on Referendums », (1981), p. 9 (traduction).
(8)
Thomas Foley, in « Reflections on Referendums » (1981), P. 10-11 (traduction).
(9)
David Butler, « United Kingdom », in Referendums (1978), p. 218.
(10)
Les mauvais calculs responsables des défaites référendaires subies en
France en 1969 et en Norvège en 1972 ont mis un terme au règne des hommes
qui avaient proposé les référendums. Au Danemark, en 1969, la proposition
qui avait été rejetée a par la suite été adoptée après avoir été mise
de lavant de façon plus habile lors dun référendum en 1971.
Le gouvernement de la Suède qui a essuyé la défaite en 1955 avait agi
de son propre chef, défiant ainsi une décision prise par voie de référendum.
(Butler, « The World Experience » (1981), p. 74 (nbp 2)).
(11)
Butler et Ranney in Referendums (1978), p. 8.
(12)
Anthony King, in Reflections on Referendums (1981), p. 14
(traduction).
(13)
Globe and Mail (Toronto), 7 septembre 1983, p. 11 (traduction).
(14)
Ibid., 26 juin 1986, p. A14 (traduction).
(15)
Day, in « Reflections on Referendums » (1981), p. 9 (traduction).
(16)
Boyer (1982), p. 60 (traduction).
(17)
Philip Goodland, in « Reflections on Referendums » (1981), p. 2 (traduction).
(18)
Vincent Wright, « France », in Referendums (1978), p. 150 (traduction).
(19)
Bureau de linformation sur lunité canadienne, Ottawa, Pour
mieux comprendre les référendums : six cas historiques, 1979, p. 27
(20)
Ibid, p. 33.
(21)
Sten Sparre Nilson, « Scandinavia » in Referendums (1978), p. 186
(traduction).
(22)
Michael Steed, in « Reflections on Referendums » (1981), p. 8 (traduction).
(23)
LOntario, le Québec, deux provinces de lAtlantique comptant
au moins 50 p. 100 de la population de cette région et deux des provinces
de lOuest comptant au moins 50 p. 100 de la population de lOuest.
(24)
René Lévesque, La passion du Québec, Montréal, Éditions Québec/Amérique,
1978, p.146 et p. 155-156.
(25)
Wright (1978), p. 153-154 (traduction).
(26)
Don Butler, « Trudeau Urges Referendum Right in Constitution », Ottawa
Citizen, 12 septembre 1980 (traduction).
(27)
Québec, La consultation populaire au Québec, 1977, p. 9.
(28)
Pour mieux comprendre les référendums, (1978), p. 11.
(29)
Ibid., p. 31.
(30)
Nilson (1978), p. 171-172 (traduction).
(31)
Ibid., p. 172 (traduction).
(32)
Wright (1978), p. 155 (traduction).
(33)
Don Aitkin, « Australia », Referendums (1978), p. 131 (traduction).
(34)
Pour mieux comprendre les référendums (1978), p. 38.
(35)
Don Aitkin (1978), p. 131 (traduction).
(36)
David Butler, « Discussion », Referendum Device (1981), p. 102
(traduction).
(37)
Patrick Boyer (1982), p. 12; Butler et Ranney (1978), p. 4.
(38)
Directeur général des élections du Québec, Québec, 1980, p. 6.
(39)
Ministre dÉtat aux Relations fédérales-provinciales, Exposé du
projet de loi sur le référendum du Canada, 1978, p. 5.
(40)
Matthew Grafield, « Referendums and Plebiscites in Canada : Letting
the People Choose, » Hearsay, vol. 14, nos 29-31 (1989),
p. 29 (traduction).
(41)
Edward McWhinney, Constitution-making, Toronto, University of Toronto
Press, 1981, p. 39 (traduction)
(42)
Jurg Steiner, in « Reflections on Referendums » (1981), p. 6 (traduction).
(43)
Jean-François Aubert, « Switzerland, » Referendums (1978), p. 45.
(44)
Ibid., p. 66 (traduction).
(45)
La Consultation populaire au Québec (1977), p. 7. Les problèmes
que pose la tenue dun référendum exécutoire en vertu de la Constitution
actuelle sont analysés plus en détail dans un document rédigé par Jacques
Rousseau et intitulé « Notes on Changes to the Constitution and Legislation
that Would Need to be Enacted to Allow a Referendum, » Bibliothèque du
Parlement (1986).
(46)
Vernon Bogdenor, in « Reflections on Referendums » (1981), p. 6 (traduction).
(47)
Wright (1978), p. 156 (traduction).
(48)
Nevil Johnson, « Types of Referendums, » The Referendum Device
(1981), p. 21 (traduction).
(49)
Gregory Mahler, New Dimensions of Canadian Federalism : Canada in a
Comparative Perspective, London et Toronto, Associated University
Presses, 1987, p. 73 (traduction).
(50)
Vernon Bogdanor, « Referendums and Separatism II, » The Referendum
Device (1981), p. 118-119 (traduction).
(51)
Philip Goodhart, « Referendums and Separatism II, » The Referendum
Device (1981), p. 143 (traduction).
(52)
Philip Goodhart, « Referendums and Separatism I, » The Referendum Device
(1981), p. 139 (traduction)
(53)
Tom Dalyell, in « Reflections on Referendums » (1981), p. 17 (traduction).
(54)
Bogdanor (1981), p. 158 (traduction).
(55)
Bulter et Ranney (1978), p. 18 (traduction).
(56)
The Referendum Device (1981), Annexe, p. 182 (traduction).
(57)
Québec, La consultation populaire au Québec, (1977), p. 6.
(58)
The Referendum Device (1981), Annexe, p. 183 (traduction).
(59)
Austin Ranney, « Regulating the Referendum, » The Referendum Device
(1981), p. 92.
(60)
Butler, « The World Experience » (1981), p. 75-76 (traduction).
(61)
La consultation populaire au Québec (1977), p. 9.
(62)
Aitkin (1978), p. 131-132 (traduction).
(63)
« Attendez que je me rappelle » (1979), Québec/Amérique, Montréal, 1986,
p. 414.
(64)
Pour mieux comprendre les référendums, (1978), p. 12.
(65)
Butler, « Discussion, » The Referendum Device (1981), p. 82 (traduction).
(66)
La consultation populaire au Québec (1977), p. 19.
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